Pour lutter contre les nuisibles en Afrique, les chercheurs recommandent des remèdes naturels

Les chercheurs soulignent qu'il est urgent de tirer parti des connaissances des agriculteurs africains sur les pesticides naturels.
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Le pyrèthre est une plante aux propriétés pesticides mais selon les chercheurs, son utilité en tant que pesticide n’a pas été suffisamment étudiée. Photo: Flickr

BOGOR, Indonésie — Elles sont vertes. Elles fleurissent.

Et pour de nombreux insectes qui ravagent les cultures en Afrique, elles sont mortelles.

Appelez cela une approche «retour à la nature» pour lutter contre les parasites: puisque les infestations menacent toujours la sécurité alimentaire de nombreux petits agriculteurs en Afrique et que la demande mondiale en produits exempts de pesticides de synthèse est en hausse, les chercheurs soulignent qu’il est urgent de tirer parti des connaissances des agriculteurs africains sur les pesticides naturels pour rendre les solutions botaniques efficaces, abordables et accessibles.

«Les technologies actuelles de lutte antiparasitaire ne sont pas accessibles à ceux qui en ont besoin», déclare Phosiso Sola, scientifique chevronnée au Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR). «Les pesticides qui parviennent aux petits agriculteurs sont souvent périmés ou falsifiés.»

Nous n’avons pas besoin de chercher de nouvelles espèces végétales – nous en avons assez – mais nous devons apprendre à les cultiver et à les utiliser de manière plus efficace et durable.

Mme Sola est l’auteure principale d’une nouvelle étude sur les pesticides botaniques en Afrique, qui prône un investissement accru dans les produits à base de plantes.

Elle souligne qu’en Afrique subsaharienne jusqu’à 30% des rendements agricoles sont perdus avant la récolte et lors du stockage, car les agriculteurs ne sont pas en mesure de les protéger efficacement contre les parasites.

Or, les pesticides synthétiques présentent des risques pour la santé de leurs utilisateurs et peuvent les exclure des marchés d’exportation lucratifs, tels que l’Europe et les Etats-Unis, où la réglementation sur les résidus chimiques devient plus stricte, selon l’article.

DOUTES ET SORCELLERIE

Dans ce contexte, les auteurs considèrent les produits végétaux comme une alternative intéressante: «Etant donné la grande diversité des espèces végétales africaines potentiellement pesticides et l’usage local de ces plantes par les agriculteurs pauvres en ressources, on pourrait développer un marché solide. Ce-dernier répondrait aux demandes locales et internationales pour un contrôle anti-parasitaire plus respectueux de l’environnement», écrivent-ils.

Pourtant, malgré leurs attraits, les pesticides à base de plantes sont actuellement sous-développés en Afrique.

«Selon des études, les agriculteurs qui connaissent ces plantes sont plus nombreux que ceux qui les utilisent – on peut en déduire qu’un certain doute persiste», déclare Philip Stevenson, professeur en phytochimie à l’Institut des Ressources naturelles de l’Université de Greenwich et co-auteur de l’étude.

«La principale raison à cela est que les pesticides synthétiques bénéficient d’une meilleure publicité et que les agriculteurs pensent qu’ils sont plus efficaces – ce qui indique que la désinformation est en partie à l’origine de l’opposition aux pesticides naturels», ajoute M. Stevenson. Il a également mentionné l’influence de certains groupes religieux qui dénoncent l’usage des plantes comme étant de la sorcellerie.

A species of Tephrosia.

Une espèce de Tephrosia, un arbuste connu dans toute l’Afrique pour tuer des insectes. Photo: Flickr 

PEU DE TECHNOLOGIE = PEU D’EFFICACITÉ ?

De nombreux pesticides à base de plantes sont actuellement utilisés de façon rudimentaire. Les agriculteurs cultivent ou collectent des plantes sélectionnées et utilisent leurs fleurs, feuilles ou écorces à l’état brut pour lutter contre les infestations d’insectes ou de champignons des cultures. Ces techniques traditionnelles donnent des résultats irréguliers, ce qui a contribué à renforcer l’image que les plantes seraient moins fiables que les pesticides synthétiques.

Face à cet écart, la science est désormais indispensable pour faire des produits à base de plantes une alternative viable, selon M. Stevenson. «Nous n’avons pas besoin de chercher de nouvelles espèces végétales – nous en avons assez – mais nous devons apprendre à les cultiver et utiliser de manière plus efficace et durable», dit-il.

Bien que les chercheurs aient noté une absence totale d’intérêt pour les plantes de la part des multinationales produisant actuellement des pesticides de synthèse, ils ont constaté que les entreprises chinoises et indiennes ont converti avec succès quelques plantes tropicales, telles que le neem, en aérosols commercialisés.

Ils supposent qu’il existe un moyen intermédiaire pour les chercheurs et les investisseurs commerciaux de développer des produits à base de plantes en Afrique, pour une utilisation par les agriculteurs africains.

L’étude analyse des exemples de pesticides organiques bien connus tels que le pyrèthre, une plante insecticide cultivée en Afrique de l’Est qui génère des recettes d’exportation importantes pour les agriculteurs locaux de la région. Selon l’étude, l’inefficacité et les problèmes financiers du monopole de l’État kenyan sur la transformation du pyrèthre avaient déclenché le déclin de l’industrie. Toutefois, il existe actuellement des opportunités pour les investisseurs privés de relancer l’industrie.

L’arbuste Tephrosia est également connu à travers de l’Afrique pour tuer des insectes.

Une approche plus scientifique de son utilisation pourrait aider les agriculteurs à sélectionner les meilleures variétés et les techniques les plus efficaces pour extraire l’insecticide de ses feuilles.

«Il serait possible de produire de la matière végétale et de l’emballer dans des récipients ressemblant à des sachets de thé, afin que les agriculteurs puissent faire leur propre extrait sans avoir à cultiver ou sécher les feuilles. Un marché pour les entrepreneurs serait ainsi créé», déclare M. Stevenson. De tels insecticides pas chers pourraient, selon lui, devenir accessibles aux petits exploitants agricoles dans certaines régions les plus pauvres de l’Afrique subsaharienne.

PAS DE CADRE POLITIQUE

Pour faciliter un tel développement, les chercheurs soulignent la nécessité pour les gouvernements africains d’adapter les règlements existants en faveur des pesticides à base de plantes.

«Il n’existe pas de cadre politique pour la production et la distribution de produits végétaux. Il est très difficile de mener la recherche de sorte à ce qu’ils soient mis sur le marché», déclare Mme Sola.

Bien que certains pays, comme le Kenya, aient prit des mesures pour adapter les exigences en matière d’enregistrement de manière plus spécifique à chaque type de pesticide, dans la plupart des pays, le coût est trop élevé pour les producteurs potentiels de végétaux au niveau local.

Par exemple, «alors que les produits synthétiques ont une liste simple d’ingrédients chimiques, les produits végétaux détiennent plusieurs produits chimiques. Il est impossible d’effectuer des études de toxicologie de chaque plante», explique M. Stevenson.

Selon les chercheurs, les gouvernements africains pourraient favoriser des industries nationales dynamiques en dégageant des voies simples qui soutiennent les chaînes de valeur des plantes. Ceci comprend l’incitation à la préservation là où leur collecte ou culture risquent de menacer les forêts, comme c’est le cas des espèces sauvages prometteuses, telles que les espèces de Lippia et Securidaca.

«Les pesticides à base de plantes, produits pour le commerce par des petits exploitants agricoles, pourraient augmenter les revenus des ménages. Leur usage a le potentiel de renforcer la sécurité alimentaire, tout en réduisant les pertes de rendement», déclare Mme Sola.

Sans même parler de l’exportation de fruits et légumes à faible teneur en résidus, si ardemment recherchés par les consommateurs occidentaux.

Pour plus d’informations sur les sujets de cette recherche, veuillez contacter Phosiso Sola sur p.sola@cgiar.org.

Cette recherche a été financée par la Commission européenne et s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les Forêts, les Arbres et l’Agroforesterie.

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