Analyse

La Chine plante des forêts sur des terres agricoles, en mesurer l’impact est un défi

La Chine ne vient pas souvent à l'esprit lorsqu’on pense à la reforestation ou au boisement. Elle devrait. Le Programme de Conversion de Terres Cultivées en Forêts (CCFP, Conversion of Cropland to Forests Program) de la Chine est mondialement le plus grand programme de reboisement s’appuyant sur des Paiements pour Services Ecosystémiques (PSE).
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Patchwork mountain landscape of agriculture, forestry, and deforested terrain, Tianlin County, Guangxi Zhuang Autonomous Region, China.   Photo by Nick Hogarth for Center for International Forestry Research (CIFOR).

Un paysage de montagne en mosaïque fait d’agriculture, de sylviculture et de terrain déboisé dans le district de Tianlin, de la région autonome de Guangxi en Chine. Le pays a lancé un vaste programme pour commencer le reboisement de certaines de ses terres agricoles dans les zones montagneuses, en partie pour freiner l’érosion. Photo: Nick Hogarth/CIFOR

La Chine ne vient pas souvent à l’esprit lorsqu’on pense à la reforestation ou au boisement.

Elle devrait. Le Programme de Conversion de Terres Cultivées en Forêts (CCFP, Conversion of Cropland to Forests Program) de la Chine est le plus grand programme de reboisement au monde s’appuyant sur des Paiements pour Services Ecosystémiques (PSE). Dans un article récent, Bennett et al. analysent quel niveau des ménages et quels facteurs institutionnels locaux sont importants pour déterminer les taux de survie des arbres plantés sur des terres cultivées dans le cadre du CCFP. Deux co-auteurs du CIFOR, Louis Putzel et Nick Hogarth, ont travaillé en étroite collaboration avec des collègues du Centre National d’Economie Forestière et de Recherche pour le Développement (FEDRC) de l’Administration forestière de l’Etat chinois dans le but de suivre et d’évaluer les impacts du programme.

Parmi les résultats: les ménages qui reçoivent une indemnité solide ou continue et ceux qui ont été consultés avant la mise en œuvre du programmer déclarent avoir plus d’arbres vivants

 

Le CCFP a été lancé en 1999 dans le cadre d’un effort national visant à freiner l’érosion des sols et les inondations, à la suite des inondations catastrophiques dans les bassins versants des fleuves Yangtze et Jaune en 1998. Doté du plus grand nombre de projets, le CCFP reflète un changement majeur de la politique forestière chinoise. Cette politique, qui plaçait initialement l’accent sur la production de bois, inclut désormais des mandats économiques et environnementaux plus vastes dans son objectif. Également connu sous le nom de programme «Grain pour le Vert» ou «Conversion des terres en pente», le CCFP subventionne des agriculteurs pour convertir leurs terres cultivées sur des pentes en forêts ou en prairies. Depuis sa création, il a incité 32 millions de ménages ruraux à reboiser plus de 24 millions d’hectares de terres. Le programme a des objectifs touchant à la fois le bien-être rural et l’écologie.

 

  • Cherche de littérature grise: une revue systématique du CIFOR est à la recherche de données pour évaluer si oui ou non les objectifs environnementaux et de subsistance du programme CCFP ont été atteints. Lire la suite ici.

 

Le CCFP a-t-il atteint ces objectifs? Les objectifs socio-économiques et environnementaux peuvent-ils être atteints simultanément? Quelles sont les bonnes mesures pour évaluer les succès et échecs? Comment ces mesures peuvent-elles être appliquées dans le cadre du projet? Les communautés vont-elles continuer à planter et gérer des arbres lorsque les subventions du programme arrêteront? Les résultats sont-ils généralisables face à la diversité des ménages et écosystèmes? En s’appuyant sur des données d’études de cas recueillies indépendamment, des études antérieures (voir iciici et ici) ont constaté que le CCFP a eu un succès modéré quant aux effets sur la subsistance. Par contre, il existe peu d’études sur les conséquences environnementales causées par le programme. Cependant, les variations régionales sont importantes.

En somme, compte tenu de l’ampleur et la portée géographique importantes du programme, l’évaluation de son impact est une tâche difficile.

DONNÉES UNIQUES, CONCLUSIONS UNIQUES

Bennett et al. relèvent le défi en s’appuyant sur un jeu de données grand et unique pour identifier les facteurs et institutions locaux qui sont importants pour la réussite du programme en termes de taux de survie des arbres plantés (tel que rapporté par les ménages). En 2010, 125 étudiants de l’Université de Sylviculture de Beijing, travaillant en collaboration avec le FEDRC, ont interrogé 2 808 ménages ruraux participant au CCFP. Ce qui est unique à propos de ces données est qu’elles ont été recueillies par les élèves dans leurs propres villes et villages d’origine lors du festival annuel de printemps. Pour assurer la fiabilité des données recueillies, les étudiants ont été formés aux techniques d’échantillonnage et d’énumération avant leur départ en vacances.

Les données, analysées en utilisant un modèle de régression en intervalle, ont fourni des résultats intéressants:

  • Les ménages qui disposent de plus de main d’œuvre et qui ont plus d’expérience en gestion des arbres signalent des taux plus élevés de survie des arbres.
  • Les ménages qui reçoivent une indemnité solide ou continue, ainsi que ceux qui ont été consultés avant la mise en œuvre du programme, déclarent avoir plus d’arbres vivants.
  • Là où la terre et la main d’œuvre sont nécessaires pour d’autres fins, la survie des arbres est plus faible.
  • Les ménages composés de groupes ethniques minoritaires ont signalé des taux de survie des arbres plus bas.
  • De même, les taux de survie des arbres sont plus faibles dans les plantations gérées par des migrants (par opposition aux résidents locaux).

En plus de la méthodologie, les résultats de l’analyse de Bennett et al. soulèvent des questions importantes pour des recherches futures, ce qui peut aider dans la conception et mise en œuvre de la phase III du CCFP.

L’évaluation de l’impact du CCFP est également importante puisque 65% de la superficie totale de la Chine est montagneuse et vallonnée, et environ 50% de la population chinoise, principalement des petits exploitants agricoles, vivent sur ces terres en pente. Par conséquent, la manière dont le programme essaye d’assurer le bien-être rural, tout en restaurant des fonctions écologiques, peut indiquer une façon de trouver l’équilibre entre la satisfaction des besoins locaux et les objectifs plus globaux. En effet, les pays d’Asie et du monde entier subissent des transitions forestières – que ce soit à cause de la migration des zones rurales vers des zones urbaines, ou à cause de programmes, parrainés par l’État ou gérés par des communautés, de boisement et de reboisement, tels que le CCFP.

Puisque d’autres pays tentent d’atteindre ces objectifs connexes, ils pourraient bénéficier des leçons de la Chine. A l’inverse, les scientifiques du FEDRC sont désireux d’apprendre des expériences faites ailleurs en Asie. En effet, afin de pouvoir faire des observations comparatives et d’apprendre des divers cas, le CIFOR a lancé une nouvelle initiative de recherche intitulée Transition des Terrains en Pente (SLANT, Sloping Lands in Transition).

Avec la récente adoption de la Déclaration de New York sur les Forêts, la communauté internationale a fixé des objectifs ambitieux en matière de conservation et de restauration des forêts (restaurer 150 millions d’hectares de paysages et de terres forestiers dégradés d’ici 2020, avec une augmentation significative par la suite, et au moins 200 millions d’hectares en supplément d’ici 2030). Puisque l’agenda forestier est l’un des piliers pour réaliser un développement durable, le CCFP de la Chine est d’une grande pertinence en termes de compréhension de ce qui est en jeu lorsque l’on tente de répondre à des objectifs mondiaux, sans pour autant délaisser les besoins locaux.

Pour plus d’information sur cette recherche, veuillez contacter Kiran Asher sur k.asher@cgiar.org.

Le projet Transition des Terrains en Pente (SLANT) du CIFOR est soutenu par KNOWFOR, un projet de partage des connaissances financé par le Département britannique pour le Développement International (DFID), ainsi que le Programme de recherche du CGIAR sur les Forêts, les Arbres et l’Agroforesterie.

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