Chronique du DG

Négocier l’approche paysagère

Dans un peu plus d'un mois, le deuxième Forum Mondial sur les Paysages (FMP) aura lieu à Lima au Pérou. L'année dernière, la perspective paysagère sur les défis majeurs du développement a vu un regain d'intérêt et d'engagement.
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Alrededores de la aldea Wae Rebo en Nusa Tenggara Oriental, Indonesia. Se ha dicho mucho acerca de cómo son los paisajes, pero no tanto sobre cómo funcionarán en la práctica para equilibrar los diversos y a veces conflictivos objetivos de uso del suelo. Fotografía de Aulia Erlangga / CIFOR.

La périphérie du village de Wae Rebo dans la province Nusa Tenggara oriental en Indonésie. On a beaucoup parlé de l’apparence des paysages, mais peu de la manière dont ils peuvent concilier les objectifs concurrents d’utilisation des terres. Photo: Aulia Erlangga/CIFOR

Le deuxième Forum Mondial sur les Paysages (FMP) se tiendra à Lima au Pérou dans un peu moins d’un mois. L’année dernière, la perspective paysagère sur les défis majeurs du développement a vu un regain d’intérêt et d’engagement. Il existe de nouvelles recherches, des partenariats, de nombreux blogs, séminaires, tables rondes et conférences, des travaux novateurs sur la finance et des initiatives politiques récentes qui s’accordent bien avec le concept de paysage, tels que la Déclaration de Rio Branco du GCF ou l’Alliance pour une agriculture intelligente face au climat.

En bref, les paysages reçoivent beaucoup d’attention.

Il semble généralement admis que travailler au-delà des frontières sectorielles et chercher des solutions combinées à l’échelle des paysages est une bonne idée. L’hypothèse largement répandue est qu’en travaillant ensemble sur le terrain nous aurions une meilleure chance de faire face aux défis majeurs de notre temps – la sécurité alimentaire, la pauvreté, le changement climatique, l’approvisionnement en eau potable, la préservation de la biodiversité.

Il s’agit d’un bon point de départ. Le risque est, cependant, que nous continuions à parler des paysages sans avoir un impact réel. Il est donc relativement urgent de démontrer comment l’approche paysagère peut faire la différence et comment elle peut être étendue pour répondre à nos attentes. Selon moi, il serait judicieux que le Forum de Lima mette l’accent sur la façon dont nous pouvons mettre l’approche paysagère en œuvre. Je suis impatient d’apprendre des leçons des nombreuses expériences.

L’un des obstacles semble être que l’approche «paysagère» elle-même n’est pas claire. Sur une période relativement longue, plusieurs décennies au moins, la façon de percevoir les paysages a émergé dans une variété d’initiatives, de recherches et de disciplines, sans qu’il y ait beaucoup d’interactions entre elles. En conséquence, il existe littéralement des centaines applications légèrement différentes de «l’approche paysagère» qui ne sont pas faciles à concilier. Pour éclairer cette question avant le FMP à Lima, le CIFOR mène actuellement un bilan systématique des approches paysagères.

Cependant, il est essentiel de trouver un terrain d’entente et un langage commun. Le succès dépendra de l’acceptation étendue de l’approche paysagère, ainsi que de l’attention politique à des niveaux qui peuvent combler des priorités sectorielles plus spécifiques. En outre, étant donné les applications existantes, mais différentes, de l’approche paysagère, il serait utile de trouver un dénominateur commun qui englobe l’ensemble d’une manière claire et qui soutienne les efforts de recherches transversales. Cela prouve la nécessité de définir «l’approche paysagère» par des termes plus génériques.

J’ai plaidé auparavant pour une définition générique de «paysage», comme «un lieu de gouvernance», en notant que nous devons prendre en compte la grande diversité des paysages (petits à grands, formels à informels, vierges à exploités). De même, j’ai prôné un langage commun, pour formuler des objectifs et des indicateurs de performance pour les paysages, de manière à ouvrir des opportunités pour augmenter l’échelle, par exemple par des solutions financières. Dans ce blog, je suggère que «l’approche paysagère» soit expliquée de manière à la rendre universellement acceptée et à fournir un cadre analytique utile pour davantage de recherches et de développement.

«L’approche paysagère» pourrait alors être définie comme «des parties prenantes qui tiennent compte de leurs objectifs multiples dans un paysage, en établissant des priorités, en faisant des actions ainsi que le suivi des progrès». Ceci correspond bien à un examen de 2012 des expériences faites à l’échelle paysagère. Notez que cette définition suggère que l’approche paysagère ne concerne pas principalement la réalisation d’objectifs prédéfinis de performance biophysique, mais plutôt la négociation de valeurs multiples.

En plus d’être applicable à tous les paysages, la définition ci-dessus peut également concilier la plupart, sinon la totalité, des nombreuses expériences importantes en matière de mise en œuvre d’approches paysagères présentes dans la littérature (voir schéma ci-dessous).

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Relations entre les divers paysages, une définition générique de «l’approche paysagère» et les diverses applications de cette approche.

Toutefois, cela n’est pas suffisant. Nous pouvons être d’accord sur une définition de base de ce qu’est une «approche paysagère», mais sans satisfaire le besoin d’un cadre analytique qui peut aider à faire avancer la recherche et le développement. À cet égard, l’évaluation joue un rôle important. Si l’approche paysagère consiste à négocier les valeurs de plusieurs objectifs, alors nous devons être en mesure de comparer les résultats de ces différents objectifs. Pour un économiste néoclassique cela est conceptuellement simple, puisque toutes les valeurs doivent être comprises dans une dimension, dans laquelle les mesures et analyses sont établies par des valeurs monétaires. Ceci est une théorie économique dominante et est également appliqué dans des initiatives importantes sur la comptabilisation du capital naturel.

Toutefois, pour des raisons pratiques, éthiques et économiques, cette méthode risque de ne pas toujours être privilégiée dans un cadre paysager. Au lieu de cela, nous pouvons souvent faire face à des situations où nous devons comparer et ajuster de façon pragmatique des pommes et des poires (ou peut-être la forêt et les cultures, la production alimentaire et le stockage de carbone, le revenu et la conservation). En outre, des méthodes de décision concernant des objectifs multiples doivent être appliquées; celles-ci ne nécessitent pas que toutes les valeurs soient comparées sur une même échelle de mesure.

En d’autres termes, cela signifie que la négociation de l’importance de différents objectifs et résultats est une partie intégrante de l’approche paysagère.

Bien que cela semble complexe, une application en pratique peut, dans de nombreuses situations, impliquer des choix très simples entre des actions concrètes, par exemple au niveau d’une ferme. Dans d’autres cas, ceci peut impliquer une modélisation et une planification de scénarios très sophistiquées dans le but d’analyser des options politiques de grande envergure. Le point clé est que les méthodes concernant les objectifs multiples peuvent fournir une base théorique pour l’approche paysagère, tout en menant vers un cadre analytique susceptible d’aider la recherche à analyser la performance et les conséquences des mises en œuvre de l’approche paysagère.

Je me réjouis d’avance d’une discussion intéressante et vivante sur la façon de faire évoluer l’approche paysagère vers l’étape suivante.

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