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REDD+ sur le terrain : financement et enthousiasme perdus en Tanzanie

« La Norvège pourrait continuer à financer ces projets, mais elle n'a pas envoyé de signal clair à ce sujet. »
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Women’s meeting in a village in Kigoma. (Demetrius L Kweka/CIFOR)

Réunion de femmes dans un village à Kigoma, en Tanzanie, où une initiative REDD+ s’est montrée prometteuse au début, pour finalement échouer par manque d’argent. Demetrius L.Kweka/CIFOR

Tanzania - BOGOR, Indonésie — Jane Goodall est mondialement connue pour le travail qu’elle a accompli pendant des dizaines d’années auprès des chimpanzés dans la forêt de Gombe en Tanzanie occidentale.

Pourtant, peu savent que l’ONG qu’elle a fondée, l’Institut Jane Goodall (JGI), a expérimenté la REDD+ – présentée comme la prochaine grande idée pour lutter contre le changement climatique en réduisant la déforestation – pour aider à protéger l’habitat des singes et les moyens de subsistance des personnes qui vivent proche d’eux.

Cela représente beaucoup de personnes. L’écosystème Masito Ugalla, sur les rives du lac Tanganyika, est l’une des régions les plus pauvres du pays, et elle est de plus accablée par une croissance démographique forte.

En 2009, le gouvernement norvégien a proposé de financer des projets en Tanzanie pour tester le concept de REDD+ (Réduction des Emissions issues de la Déforestation et de la Dégradation des forêts). L’idée était de payer les communautés qui préservent les forêts en vendant des crédits de carbone qui pourraient être négociés à l’échelle internationale.

« Il y avait beaucoup d’enthousiasme au début », déclare Demetrius Kweka, chercheur au Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR) qui a analysé une demi-douzaine d’initiatives de REDD+ en Tanzanie pour un nouveau livre, «La REDD+ sur le terrain: recueil d’études de cas sur les initiatives infranationales à travers le monde».

JGI a reçu des fonds pour mettre en œuvre un projet pilote de REDD+ dans sept villages de la région de Kigoma. Ce projet, intitulé « Préparation à la REDD dans la zone pilote de l’écosystème Masito Ugalla en soutien de la stratégie nationale de REDD de la Tanzanie », visait à protéger 900 km2 de la forêt de Masito.

« La configuration globale était très bonne », affirme M. Kweka. « Ils ont proposé des techniques innovantes. »


Le CIFOR à la COP20 de la CCNUCC :


POINTS DE PARTICIPATION

Une de ces techniques est le mécanisme de partage des bénéfices. Il concerne la façon dont les fonds provenant du marché de carbone sont partagés. La Norvège a donné 200 000 dollars en capital de départ aux projets, qu’ils ont pu utiliser pour fournir des incitations financières aux communautés et pour tester la façon dont ces paiements pourraient être fonctionnels sur le terrain.

« Le mécanisme de partage des bénéfices utilisé par JGI était très intéressant – il se présentait sous forme de compétition. Les villages ont été amenés à proposer des projets concurrents pour leur forêt ou pour la gestion des forêts », explique M. Kweka.

La base était un système de points, chaque village accumulait des points en fonction de son engagement et de sa participation.

« Sept villages ont été informés qu’ils ne pouvaient pas obtenir la même somme, puisque leurs efforts étaient différents. Certains œuvraient davantage pour la conservation en faisant de nombreuses patrouilles, en restreignant l’accès à la forêt, en assistant aux réunions. D’autres n’étaient pas aussi motivés – ils ont donc reçu moins d’argent », dit-il.

« C’était une manière très intéressante de faire participer pleinement les villageois participent à la préservation des forêts. » 

Les villages ont été amenés à proposer des projets concurrents pour leur forêt ou pour la gestion des forêts

Demetrius Kweka

JGI a établi un organisme communautaire connu sous le nom de JUWAMMA, composé de représentants des villages. Il permet la prise de décisions pour le partage des bénéfices et la distribution des fonds. L’organisme collabore avec les chefs de village et le conseil du district afin de gérer les forêts et d’organiser des patrouilles forestières.

L’idée est que, sur le long terme, l’organisme prenne en charge la responsabilité de l’initiative – même si le soutien de JGI sera nécessaire pour répondre à certaines des exigences techniques de la REDD+, souligne M. Kweka.

JUWAMMA a été bien conçu, selon M. Kweka, car il s’inscrit dans le contexte institutionnel local.

« Ils ont fait du chef de district leur patron, pour assurer le soutien du gouvernement. JUWAMMA représente donc les villages, tout en se reliant avec le système du gouvernement », explique-t-il.

DES SMARTPHONES DANS LA FORÊT

L’Institut Jane Goodall a également collaboré avec le Centre de Recherche Woods Hole et Google Earth pour tester une technologie innovante de surveillance forestière par Smartphone.

« Pour que cela fonctionne, il faut que quelqu’un soit dans la forêt de Tanzanie occidentale avec un Smartphone. Il rentre des données – telles que des mesures d’arbres ou de la déforestation récente – qui sont affichées sur des ordinateurs et peuvent être partagées à distance », explique M. Kweka.

« Ainsi, nous disposons d’un suivi en temps réel de ce qui se passe, des changements dans la forêt », affirme-t-il.

« D’autres projets de suivi forestier pourraient également utiliser ces types de méthodes. » 

« CELA TOUCHE TOUT LE MONDE PSYCHOLOGIQUEMENT »

Malgré ses débuts prometteurs, le programme du JGI – comme beaucoup d’autres initiatives de REDD+ – a du mal à trouver des sources continues de financement et se trouve ainsi coincé dans ce que M. Kweka appelle une « impasse ».

« Au début de la REDD+, la Norvège a été le véritable moteur du processus », dit-il. 

Tout le monde – la Norvège et les promoteurs – a sous-estimé la somme d'argent et le travail nécessaires pour réaliser la REDD+

Demetrius Kweka

« Ils ont examiné tous les systèmes et mécanismes que les projets ont mis en œuvre, y compris le partage des bénéfices. Ils étaient vraiment intéressés par l’évolution de tous ces projets qu’ils finançaient. »

« Mais ensuite, l’enthousiasme s’est perdu. »

Au cours des deux dernières années, les initiatives en Tanzanie ont atteint la fin de la première tranche d’argent et elles ont soumis leur application à la Norvège pour un renouvellement afin qu’ils puissent mettre en œuvre la deuxième phase de leur projet. Néanmoins, pour beaucoup, le financement n’a pas été renouvelé, laissant ces initiatives dans l’incertitude et dans de nombreux cas, sans avoir terminé le travail qu’ils souhaitaient terminer lors de la première étape.

« Il y a encore beaucoup de choses en suspens. Elles doivent être finalisées afin d’être prêt pour la REDD », déclare M. Kweka.

« Tout le monde – la Norvège et les promoteurs – a sous-estimé la somme d’argent et le travail nécessaires pour réaliser la REDD+, pour mettre en place le processus. Ils s’attendaient à ce que nous vendions déjà du carbone, mais cela n’a pas encore eu lieu », dit-il.

« La Norvège pourrait continuer à financer ces projets, mais elle n’a pas envoyé de message ou signal clair à ce sujet. »

Pour l’instant, nous attendons. L’incertitude a eu un impact sur le terrain. 

« Je pense que cela affecte tout le monde psychologiquement, en particulier les promoteurs. Ils ne savent plus quoi dire aux villages. Le fait est qu’ils ne peuvent pas mettre en œuvre la phase A, B et C, car ils n’ont plus d’argent », déclare M. Kweka.

Pour plus d’information sur cette recherche, veuillez contacter Demetrius Kweka sur demetrius.kweka@gmail.com ou William Sunderlin sur w.sunderlin@cgiar.org.

L’étude comparative mondiale sur le REDD du CIFOR est soutenue par l’Agence norvégienne de coopération pour le développement (NORAD), le Ministère australien des affaires étrangères et du commerce extérieur (DFAT), l’Union européenne (UE), le Royaume-Uni, ainsi que le Programme de recherche du CGIAR sur les Forêts, les Arbres et l’Agroforesterie, avec un appui financier de la part du Fonds du CGIAR.

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