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REDD+ : après des engagements forts, le silence d’un acteur clé

Le secteur privé a une influence énorme - et souvent invisible - sur les politiques REDD+ nationales.
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Fajar di perbatasan Taman Nasional Juma di Amazon Brasil. Satu pemangku kepentingan kunci dalam berbagai usaha untuk menekan emisi melalui pengurangan deforestasi di negara-negara berhutan tropis sebagian besarnya tidak dijumpai, sebuah penelitian baru mengindikasikan. Neil Palmer/foto CIFOR.

A l’aube au bord de la Réserve de Juma dans l’Amazonie brésilienne. Un acteur important pour les efforts de réduction des émissions par la déforestation dans les pays forestiers tropicaux manque cruellement aux débats. Neil Palmer/CIFOR

Indonesia - BOGOR, Indonésie – Sur la scène de la REDD+, un acteur parle haut et fort sous les projecteurs, mais demeure invisible en coulisse, au moment de prendre les décisions.

Le succès de l’initiative REDD+, qui vise à réduire les émissions de carbone en évitant la déforestation, repose par définition sur l’intégration de tous les acteurs de la forêt, des gouvernements nationaux aux peuples locaux en passant par tous les intermédiaires.

Des entités du secteur privé se sont récemment impliquées dans la déforestation, et la dégradation des forêts est devenue audible lors d’une série d’évènements internationaux consacrés à la REDD+. De grandes entreprises transnationales ont fait un pas en avant en déclarant un objectif de zéro-déforestation pour leurs chaînes d’approvisionnement respectives. 

Pourtant, bien que le secteur privé ait une influence considérable sur les politiques REDD+, il est peu visible dans les réseaux et cercles nationaux où les acteurs façonnent la REDD+, selon une étude comparative de réseaux politiques dans sept pays.

Dans un dossier spécial de la revue Ecology and Society, des scientifiques ont cartographié et analysé les réseaux politiques en identifiant les « acteurs » clés de la conception de la REDD+ – agences gouvernementales, société civile, organisations de recherche, secteur privé – en illustrant la manière dont ils peuvent échanger des informations et d’autres ressources. 

Il y a le réseau politique visible, et il y a le réseau fantôme

Maria Brockhaus

Dans les sept pays, parmi les acteurs du secteur privé, ceux qui sont pertinents pour la création de politiques REDD+ sont de différents types. Il y a ceux, comme les entreprises d’huile de palme et de mine, dont les activités continuent de provoquer la déforestation et la dégradation des forêts ; les stratèges verts, qui ont développé des programmes favorables à l’environnement au sein de stratégies d’entreprises sociales et responsables ; les financiers carbone, qui cherchent des opportunités sur le marché du carbone; et les consultants, qui apportent des conseils sur la manière de construire et de travailler avec la REDD+.

Très peu d’acteurs du secteur privé ont accepté de participer aux analyses des réseaux politiques, et le peu qui l’ont fait étaient des entreprises « vertes », engagées sur les marchés du carbone ou dotées de solides schémas de responsabilité sociale d’entreprise (RSE). Très peu d’entreprises dont les industries sont considérées comme des facteurs de déforestation ont accepté de prendre part à l’étude.

L’IMPACT DU LOBBYING

Alors que les entreprises semblent être largement absentes de ces réseaux, leurs intérêts sont très présentes dans le discours et les décisions du gouvernement selon l’analyse, ce qui suggère que le lobbying du secteur privé sur l’état a un impact important. En fait, l’assimilation des intérêts privés par le gouvernement peut même, avec le temps, rendre le lobbying redondant dans certains cas.

« C’est quelque chose que l’on observe partout et c’est simplement le résultat du lobbying », assure Maria Brockhaus, chercheuse chevronnée du Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR) et auteur principale d’une étude comparative des sept analyses. « Donc il y a le réseau politique visible, et il y a celui qui existe mais que vous ne voyez pas – le réseau fantôme. »

Nous n'avons toujours pas accès aux vrais décideurs, qui dirigent les stratégies vertes dans les grandes entreprises

Moira Moeliono

Les équipes de chercheurs au Brésil, Cameroun, Indonésie, Népal, Papouasie Nouvelle Guinée, Tanzanie et Vietnam ont mené des enquêtes et des interviews auprès des acteurs clés. D’après les réponses, ils ont conclu que le secteur privé était perçu par les autres acteurs comme très influent sur les politiques REDD+ dans tous les pays, même s’il ne prenait pas part aux échanges d’information et de ressources avec d’autres acteurs clés.

Les analyses du réseau politique, illustrées par des schémas complexes en forme de toile d’araignées, donnent une image immédiate de la concentration du pouvoir ainsi que des connexions et des coalitions entre acteurs. Mais ils soulignent aussi les déconnexions. Par exemple, le fait que les équipes qui mènent les analyses aient eu du mal à impliquer le secteur privé montre une séparation nette entre les organisations de recherche et le secteur privé. L’équipe indonésienne a constaté que de nombreuses entreprises ne voulaient pas participer à la recherche, il y a notamment un problème d’accessibilité. 

« Nous n’avons toujours pas accès aux vrais décideurs, qui dirigent les stratégies vertes dans les grandes entreprises », explique la scientifique du CIFOR Moira Moeliono. Elle dit que certaines grandes entreprises qui s’étaient engagées à mettre fin à la déforestation ont accepté le rendez-vous, mais elles ont seulement envoyé quelqu’un du service de relations publiques ou du service client.

« Ils sont bien informés, mais ce ne sont pas vraiment eux qui décident et il est souvent clair qu’ils sont juste là pour protéger l’entreprise de questions plus intrusives de notre part », remarque Moeliono.

Les membres de la Chambre de commerce indonésienne (connue sous l’acronyme indonésien KADIN) interrogés ont indiqué aux chercheurs que les problématiques de changement climatique étaient relativement nouvelles pour le secteur privé et que les entreprises manquaient encore d’information.

« Mais le secteur privé ne s’implique pas ouvertement dans la sphère politique de la REDD+ nationale. Si vous ne vous impliquez pas, vous avez tendance à ignorer tout ce qui s’y passe », note Moeliono. « Nous pouvons seulement informer les personnes qui veulent s’informer. En général, les membres du secteur privé qui veulent être informés le sont. »

En Indonésie, les donnés sur les intérêts habituels ont rejoint le gouvernement nouvellement formé et sont en mesure de servir les intérêts du secteur privés avant ceux d’autres parties prenantes, explique Moeliono.

Maintenant, tout cela peut changer avec les nouvelles déclarations sur les initiatives zéro-déforestation. On peut espérer qu’au-delà de la rhétorique mondiale, au niveau de la politique et des zones d’actions nationales, il y aura plus d’engagements positifs et d’ouverture des acteurs du secteur privé, en particulier ceux impliqués dans la déforestation et la dégradation des forêts.

CARTOGRAPHIER LES OPPORTUNITÉS ET LES DIFFICULTÉS

Les scientifiques expliquent que des changements structurels, et et notamment des réformes politiques, sont nécessaires pour que les pays mettent en place la REDD+ efficacement, puisque les progrès en matière de règlementation REDD+ au niveau national ont été plus lents que prévu jusqu’à présent. Les schémas des réseaux politiques produits pour chaque pays permettent aux parties prenantes, notamment les décideurs, d’identifier les zones cibles de réforme, de même que les dispositifs qui ont permis des progrès de la REDD+ dans certains cas.

 

Les schémas de réseaux politiques lient des points, représentant des acteurs, à d’autres points dans une toile complexe, et montrent comment certains acteurs peuvent servir de négociants ou de pont entre deux autres.

« Même si quelque chose peut paraître évident – nous savons tous qu’il existe des centres et des coalitions de pouvoir – si vous le mesurez, que vous pouvez le voir et le décrire visuellement, vous pouvez apporter un argument pour vraiment s’y attaquer », explique Brockhauss, comparant les analyses au fait de « déballer les ‘boîtes noires’ des prises de décision REDD+ ».

Pour plus d’information sur les questions discutées dans cet article, veuillez contacter Maria Brockhaus sur m.brockhaus@cgiar.org.

L’Etude mondiale comparative sur REDD+ du CIFOR est soutenue par l’Agence norvégienne de développement et de coopération (Norad), le ministère australien des affaires étrangères et du commerce (DFAT), l’Union européenne (EU), le Royaume Uni et le Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie avec le soutien financier du Fonds CGIAR.

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