Analyse

Au-delà des mots, il faut instaurer la confiance pour le bien des forêts et du développement

« La déforestation ne peut pas être notre seul langage commun »
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Pobladores quechuas cruzan un puente sobre el río Jondachi en la Amazonia ecuatoriana para vender su cosecha. Cada vez más, los indígenas amazónicos ven sus medios de vida puestos a prueba por la globalización y el cambio climático. Fotografía de Tomas Munita / CIFOR.

Une jeune fille Kichwa en Amazonie équatorienne. Photo: Tomas Munita/CIFOR

Latin America - LIMA, Pérou — Toutes les personnes impliquées dans la gouvernance forestière sont d’accord sur la nécessité de bâtir la confiance au sein et entre les groupes, comme l’ont dit des experts et des dirigeants autochtones lors d’une table ronde au Forum mondial sur les paysages, en marge de la réunion de l’ONU sur le changement climatique à Lima.

La discussion a été organisée par le Groupe de travail des Gouverneurs pour le Climat et les Forêts (Governors’ Climate & Forests Task Force ou GCF), l’Alliance Tropiques Durables, ainsi que le Consortium des Moyens de Subsistance Basés sur les Forêts.

On a beaucoup parlé de l’établissement de plates-formes pour des dialogues multipartites où des gouvernements, la société civile, des groupes autochtones et des acteurs du secteur privé peuvent se rencontrer. Les gouvernements locaux sont bien placés pour encourager ce dialogue, selon le modérateur Rosa Maria Vida qui est également directeur exécutif du Fonds du GCF. Le dialogue est fondamental, dit-elle, mais il ne sera pas suffisant pour réduire la déforestation.


Pour plus d’informations, d’études et d’analyses liées au Forum mondial sur les paysages, rendez-vous sur blog.cifor.org/lima.


Le Groupe de travail des Gouverneurs pour le Climat et les Forêts (GCF) est une collaboration infra-nationale unique entre 26 États et provinces du Brésil, de l’Indonésie, du Mexique, du Nigéria, du Pérou, de l’Espagne et des États-Unis. Grâce à des systèmes d’incitation basés sur la performance et des processus associant les multiples parties prenantes, le GCF vise à faire évoluer les programmes infranationaux de développement rural à faibles émissions (LED-R) et de réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation des forêts (REDD+). Le panel, organisé par le GCF et ses partenaires, a réuni un grand nombre d’acteurs, dont des gouvernements, des communautés autochtones et traditionnelles, ainsi que le secteur privé. L’objectif était d’examiner les progrès – et d’identifier les obstacles persistants – vers un LED-R.

Pour commencer, il existe différents niveaux de dialogue. Une pratique fréquente des «mégaprojets est de consulter les communautés locales uniquement lorsqu’ils savent que les communautés seront d’accord avec la mise en œuvre», déclare Edwin Vasquez, coordinateur de COICA, l’organisme de coordination des organisations autochtones du bassin amazonien.

« Il y a un dialogue au début, mais il n’y a pas de vision commune par la suite », ajoute Levi Sucre Romero, chef indigène au Costa Rica. Lorsque les mégaprojets avec lesquels les communautés ne sont pas d’accord obtiennent le feu vert des gouvernements, les communautés locales considèrent ceci comme un manque de volonté politique et de cohérence.

Dans le cas de l’État de Jalisco au Mexique, « il y a eu un manque historique de l’application des règlements environnementaux », déclare María Magdalena Ruiz Mejía, secrétaire de l’Environnement et du Développement Régional. Toutefois, ceci est en train de changer. Le secrétariat prend un rôle actif dans la résolution des conflits environnementaux lorsqu’il est sollicité par des communautés locales, ce qui établit progressivement la confiance. 

Avant toute chose, il faut donner les droits à la terre et garantir la sécurité foncière aux peuples autochtones afin qu'ils puissent lutter contre les grandes menaces liées aux mégaprojets

Edwin Vasquez

Toutefois, si les populations locales sur le terrain continuent d’être perçues comme des criminels et à se faire arrêter pour avoir tenté de protéger leurs forêts, c’est un obstacle majeur à la confiance, déclare Mina Setra, secrétaire général adjoint de l’Alliance des Peuples Autochtones des Archipels (AMAN).

Alors, quelles améliorations pouvons-nous apporter pour établir la confiance entre les communautés, les gouvernements locaux et les autres acteurs?

« Avant toute chose, il faut donner les droits à la terre et garantir la sécurité foncière aux peuples autochtones afin qu’ils puissent lutter contre les grandes menaces liées aux mégaprojets », souligne M. Vasquez.

La compréhension fondamentale des valeurs constitue une autre étape initiale, ajoute M. Romero. La reconnaissance du rôle historique des communautés locales dans la conservation des écosystèmes est essentielle pour atteindre cet objectif.

Dande Tavares de la Société pour le Développement des Services Environnementaux (Companhia de Desenvolvimento de Serviços Ambientais), à Acre au Brésil, précise qu’ils prennent en compte la contribution historique des communautés autochtones au «développement» et les services écosystémiques fournis dans la conception de mécanismes pour le partage des bénéfices.

« Nous avons besoin d’un langage commun et le LED-R peut nous le fournir à travers certaines compréhensions sur, par exemple, le fait que plus de forêts signifie plus de nourriture », déclare Peter Holmgren, directeur général du CIFOR. « La déforestation ne peut pas être notre seul langage commun », ajoute-t-il.

Une fois la confiance établie, nous n’aurions plus à nous inquiéter du fait qu’il existe des priorités différentes à des niveaux et échelles différents. M. Holmgren ajoute que « la diversité dans le choix des priorités est une bonne chose que nous devrions encourager. »

Suite aux récents assassinats tragiques de dirigeants autochtones au Pérou et en Équateur, bâtir ou, dans certains cas, regagner la confiance des communautés autochtones en Amérique du Sud sera une entreprise longue et ardue. Mais ceci la rend d’autant plus urgente et nécessaire.

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