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Une boîte à outils pour faire face aux effets imminents du changement climatique

Les experts discutent de réponses techniques et sociales au Global Landscapes Forum de Lima.
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LIMA, Pérou — Il faut agir, et vite. Les défis imminents liées au changement climatique imposent aux responsables de l’aménagement du territoire et aux décideurs politiques de prévoir les conséquences probables et de mettre en œuvre des plans d’adaptation, au moins dix ans avant que les pires effets apparaissent. 

Avec plus de données et d’outils – de meilleure qualité – pour étudier les scénarios futurs, les responsables pourraient prendre des décisions sur l’utilisation des terres, justifier les investissements et élaborer des stratégies d’adaptation au changement climatique répondant aux Objectifs de développement durable post 2015, selon des chercheurs qui se sont exprimés lors d’une table ronde au Forum mondial sur les paysages à Lima en 2014.

En marge de la conférence annuelle des Nations Unies sur le changement climatique, le forum a été organisé par le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il a attiré plus de 1 700 personnes de 90 pays, dont des négociateurs nationaux sur le climat, des ministres, des PDG, des chefs autochtones, des leaders issus de la société civile et des chercheurs.


Pour plus d’information, d’études et d’analyses sur le Forum mondial sur les paysages rendez-vous sur : blog.cifor.org/lima.


Outils d’aide aux décisions pour une agriculture durable et résiliente face au climat : le cas du Brésil par le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR)

PRÉVISION DES IMPACTS

En utilisant le modèle brésilien d’utilisation des terres (ou BLUM, Brazilian Land Use Model), les responsables de ce pays ont combiné des données hydrométéorologiques, spatiales et économiques pour prédire les changements induits par le climat dans la production agricole et animale.

Le BLUM leur a permis d’explorer des scénarios futurs de base, pessimistes et optimistes, au niveau régional, explique Rodrigo Lima, directeur général d’AGROICONE, un cabinet brésilien de consultants spécialisé dans l’agriculture, l’énergie et la durabilité.

En faisant la prévision des changements de la productivité des pâturages, du maïs et du soja entre 2010 et 2030, ils ont constaté les terres agricoles de première qualité dans la région céréalière au sud du pays pourraient diminuer de 35 millions d’hectares à 27 ou 29 millions d’hectares.

Entre 2020 et 2030, même les terres agricoles encourant peu de risques climatiques dans le sud pourraient diminuer.

« Le résultat est pertinent sur le plan spatial et a des implications politiques majeures pour le Brésil », déclare Erick Fernandes, conseiller en agriculture au Groupe de la Banque mondiale.

Dans l’ensemble, le pays pourrait perdre jusqu’à 10 millions de ses 60 millions d’hectares de terres cultivées, selon M. Lima.

Une perte des terres agricoles risque de faire augmenter les prix des produits agricoles. La part de l’agriculture dans l’économie du pays pourrait doubler au cours de la prochaine décennie. Une bonne nouvelle pour les agriculteurs, mais une mauvaise nouvelle pour les consommateurs, qui subiraient la hausse des prix alimentaires. Selon M. Lima, ceci pourrait également aboutir à une intensification de la déforestation pour convertir plus de terres en cultures.

Les responsables doivent non seulement tenir compte des impacts nationaux, mais également des effets locaux et régionaux sur la pauvreté et les moyens de subsistance, et sur les petits agriculteurs. Certains pourraient être atténués par une utilisation intensive des pâturages ou en déplaçant les cultures dans une autre zone, mais ces mesures d’adaptation nécessitent une planification et des mesures politiques.

Le défi réside dans la transformation des terres cultivées et des pâturages dégradés, sources de gaz à effet de serre, en des systèmes agricoles diversifiés et dynamiques servant de puits de gaz à effet de serre, déclare M. Fernandes.

« On peut le faire », dit-il, mais « la mise en place demande une à deux décennies. »

Impacts du changement climatique sur l’agriculture brésilienne d’ici 2030 par le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR)

MISSION : RESTAURATION

Le défi mondial qui consiste à restaurer 150 millions d’hectares de terres dégradées d’ici 2020, et 350 millions d’ici 2030, en plus de l’objectif latino-américain de restaurer 20 millions d’hectares d’ici 2020, crée des opportunités pour relier les financements multilatéraux à la restauration, déclare Patrick Wiley, conseiller principal en politique forestière à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

En utilisant la Méthode d’évaluation des possibilités de restauration (ROAM, Restoration Opportunity Assessment Methodology), les responsables peuvent identifier les meilleurs endroits à restaurer ainsi que les meilleures stratégies pour garantir la sécurité alimentaire et l’approvisionnement en eau, affirme M. Wiley.

Cet outil leur permet d’identifier les principaux problèmes causés par la dégradation des terres. Par la suite, ils peuvent fixer des objectifs et rencontrer des groupes d’intérêt pour déterminer les types de terres dégradées et les actions de restauration les plus faciles à réaliser, quantifier les coûts et les avantages, estimer la valeur du carbone séquestré dans le paysage et d’analyser les options de financement.

Selon M. Wiley, un outil tel que ROAM aide les responsables de l’aménagement du territoire à justifier leur investissement pour la restauration des terres, en particulier en ce qui concerne les bénéfices locaux tels que la création d’emplois qui en résultent.

COMBLER LE MANQUE DE DONNÉES

Les politiques efficaces de gestion des terres et des forêts requièrent une base solide de données. Le réseau Poverty and Environment Network (PEN) vise à combler les lacunes de données. En faisant des enquêtes auprès des ménages, les chercheurs ont recueilli des données provenant de plus de 50 sites d’étude dans 24 pays en voie de développement dans les zones tropicales.

« La question clé de ces recherches est de savoir dans quelle mesure les forêts et les ressources environnementales non cultivées contribuent aux revenus des ménages », explique Sven Wunder, directeur de recherche au CIFOR qui coordonne le projet.

Les sites d’étude ont été choisis pour représenter une variété de régions géographiques, d’infrastructures, de densité démographique, de types forestiers, de régimes fonciers, de niveaux de pauvreté et d’accès aux marchés.

Les données montrent que 22 % des revenus des ménages proviennent des forêts et 6,4 % d’autres ressources extractives. Combinés, ces chiffres sont presque équivalents à ceux des revenus tirés de l’agriculture.

Les bureaux de statistique peuvent utiliser ces données pour développer une image plus précise des impacts environnementaux sur les revenus des ménages ruraux, propose M. Wunder. Les données du PEN peuvent également être combinées avec des données climatiques afin d’identifier des tendances et aider à planifier des projets de réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation des forêts (REDD+).

Le CIFOR travaille actuellement avec la FAO, la Banque mondiale et d’autres organisations sur le développement d’un module de foresterie pour le PEN.

Ces outils ont été développés dans le cadre de KNOWFOR, un effort conjoint du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR), de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et du programme Profor de la Banque mondiale.

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