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La sagesse des foules : vos 20 questions sur la foresterie et les paysages

Plus de 2800 questions sur la foresterie ont été envoyées, voici les plus importantes selon votre classement.
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Un árbol de ceiba (Ceiba pentandra) en Mato Grosso, Brasil. Fotografía: Icaro Cooke Vieira / CIFOR.

Un arbre à kapok (Ceiba pentandra) dans le Mato Grosso au Brésil. Photo : Icaro Cooke Vieira/CIFOR

Carol Colfer et Doris Capistrano ont dédié leur livre « La politique de la décentralisation : forêts, pouvoir et peuples » aux voix qui n’ont pas encore été entendues. C’est ce qui a inspiré le projet T20Q (Top 20 des questions), un projet à mondial qui vous permet de vous exprimer sur des enjeux importants.

Le projet T20Q s’est déroulé en deux étapes. Dans un premier temps, le « crowd-sourcing » : toute personne ayant un intérêt pour le secteur forestier et les paysages était invitée à partager ses questions prioritaires pour la recherche et la politique. Puis il y a eu un échange avec le public pour hiérarchiser ces questions. Le public s’est défini lui-même, il n’y avait aucun obstacles à la participation, mis à part l’accès à Internet et une capacité à lire le français, l’anglais, l’indonésien ou l’espagnol. Ces conditions ne sont pas négligeables pour de nombreuses personnes, mais je reviendrai à cette question de la langue plus tard. Tous les partenaires de l’initiative Foresterie basée sur des données probantes (Evidence-Based Forestry) communiquent régulièrement en ligne et invitent à participer à leurs activités. Par conséquent, dans le cadre du projet T20Q nous avons décidé de sonder les participants uniquement via Internet et d’utiliser une variété de réseaux sociaux pour atteindre la communauté connectée au niveau mondial.

COMMENT ÇA A FONCTIONNÉ ?

Plus de 500 personnes vivant ou travaillant dans plus de 100 pays ont soumis 2 800 questions durant la première phase du T20Q. Les sujets les plus fréquents ont été regroupés par grands thèmes, en utilisant des index thématiques à partir d’un vocabulaire contrôlé par un spécialiste indépendant de l’information relative à la foresterie.

Des questions illustrant ces thèmes ont été choisies au hasard pour la deuxième phase, pendant laquelle les participants pouvaient hiérarchiser les questions sur une échelle de 1 à 10. Au total, 818 personnes ont participé à cette phase, où il fallait évaluer 109 questions représentatives, présentées dans des catégories. Les questions et les catégories ont été mélangées de façon aléatoire, pour que chaque participant reçoive les questions dans un ordre différent.

QUI A DIT QUOI ?

L’une des plus grandes surprises du projet a été le niveau de participation des jeunes, des femmes et des habitants des pays du Sud. Ce sont souvent ces personnes dont les « voix n’ont pas encore été entendues ». Un quart des participants ont moins de 35 ans et 34 % des votants sont des femmes. Bien que ce chiffre soit loin de l’objectif des 50%, il dépasse de loin la proportion de femmes présentes lors de nombreuses réunions décisionnelles au niveau international.

Un peu moins de 65 % des participants ayant soumis des questions sont situés en Asie, en Afrique, en Amérique centrale et en Amérique du Sud alors qu’ils étaient près de 50% pour la phase de vote, le pays comptant le plus grand nombre d’électeurs étant le Brésil. Ceci est d’autant plus surprenant que le projet a été limité durant la première phase au français, à l’anglais, à l’indonésien et à l’espagnol et durant la deuxième phase uniquement à l’anglais. Il y avait très peu d’engagement pour le T20Q de la part de la Russie ou de la Chine, deux pays forestiers extrêmement importants. Ceci est probablement dû à la limite imposée par l’accès linguistique.

Les participants ont manifesté un intérêt considérable (plus de 500 personnes ont manifesté leur intérêt lorsqu’on leur a posé cette question lors des enquêtes) à l’idée de répéter ce type d’exercice à une échelle régionale et sur des thèmes spécifiques, notamment l’écologie, la biodiversité et la restauration, mais aussi sur le changement climatique et la REDD+. Il serait nécessaire de prendre en compte la langue des participants ciblés afin de mobiliser des personnes au niveau régional pour des exercices de type T20Q.

La plupart des participants étaient très instruits, plus de 95 % ont au moins un baccalauréat. Bien qu’un large éventail d’activités professionnelles ait été déclaré, la majorité des participants travaillent dans les domaines de la recherche ou de l’éducation; un pourcentage relativement faible (11 %) travaille directement dans la politique.

Les 20 questions qui ont généralement obtenu les scores les plus élevés peuvent être classées ou regroupées de plusieurs manières. Pour répondre à nos objectifs, elles sont présentées et regroupées en six grands thèmes qui se dégagent d’une indexation simple et des discussions avec des collègues du projet (voir la liste des questions ci-dessous).

La question la plus fréquente risque de surprendre beaucoup de personnes. Elle ne traite pas du changement climatique ou de la déforestation, elle ne mentionne pas la REDD+ : elle concerne la restauration de zones dégradées dans le but de garantir des bénéfices multiples. Cependant, cette question concerne tous ces sujets, y compris le deuxième « D » autant ignoré de la REDD+, à savoir la dégradation des forêts.

Les solutions à la question, qu’elles soient d’ordre politique ou scientifique, nécessitent une pensée intégrée telle qu’elle a été fortement encouragée lors des discussions internationales en 2014. La plupart des 20 premières questions exigent une approche multidisciplinaire et beaucoup d’entre elles constitueraient des sujets fascinants pour des revues systématiques comme celles entreprises par l’initiative EBF.

QU’EST-CE QUI SE PASSE ENSUITE ?

T20Q est une étape dans une série d’activités fondées sur des preuves et n’est pas une solution miracle qui nous informe sur ce qui est le plus important pour la recherche et pour la politique dans les secteurs forestier et paysager. Les questions seront discutées par les partenaires de l’initiative EBF pour identifier celles qui pourraient être systématiquement examinées. Certaines questions peuvent stimuler la réflexion sur de nouveaux programmes de recherche. Dans le contexte des discussions internationales à venir, toutes les questions peuvent être considérées comme étant représentatives d’un sous-ensemble de points de vue de la communauté forestière et paysagère sur ce qui constitue un programme prioritaire pour les délibérations et actions futures.

TOP 20 DES QUESTIONS SUR LES RECHERCHES FORESTIÈRES ET PAYSAGÈRES (PAR THÈME) :

Reboisement / restauration

  • Comment restaurer les écosystèmes dégradés pour atteindre les objectifs de conservation de la biodiversité, de fonction écosystémique, de résilience des écosystèmes et de durabilité des moyens de subsistance ruraux ?
  • Comment développer des modèles de restauration des forêts réalisables sur le plan économique ?
  • Quelles sont les implications du reboisement, comme moyen d’atténuation du carbone, pour la biodiversité et pour l’environnement ?
  • Comment sélectionner au mieux les espèces fournissant simultanément des bénéfices écologiques et économiques ?
  • Quels sont les meilleurs moyens d’assurer que les projets de restauration forestière / paysagère ajoutent de la valeur aux paysages en termes de connectivité entre les populations et les habitats, de facilitation du flux génétique, de migration des espèces, et de complémentarité des utilisations des terres et des moyens de subsistance des populations locales ?

Types de connaissances

  • Pouvons-nous développer des outils pratiques permettant un aménagement du territoire et une gestion des forêts mieux adaptés aux besoins, à la culture et aux perceptions des communautés et des lieux divers?
  • Comment les connaissances, la sagesse et l’expérience locales (concernant par exemple les espèces arboricoles, les produits forestiers non ligneux ou PFNL) peuvent-t-elles être efficacement combinées à l’évaluation, le suivi et les efforts de gestion aux niveaux national et infranational ?
  • Comment la gestion inclusive des forêts et des paysages peut-elle être améliorée pour ceux qui sont pauvres en ressource ?

Réflexion à l’échelle paysagère

  • Comment aborder la question de la gestion durable des forêts tropicales dans un contexte de forte densité humaine et de rareté des terres agricoles ?
  • Comment améliorer l’agriculture pour réduire la pression exercée sur les zones forestières ?
  • S’adapter au changement climatique revient à répondre aux tendances du climat futur mais aussi aux risques croissants. Ces deux aspects sont souvent étudiés séparément alors qu’ils devraient être combinés. Comment les rassembler ?
  • Comment pouvons-nous maintenir, rétablir et façonner les paysages en bonne intelligence avec les ressources en eau, tout en intégrant l’utilisation conflictuelle des terres et les besoins en eau de toutes les parties prenantes d’un paysage, y compris les forêts et les arbres ?

Droits et bénéfices

  • Comment pouvons-nous assurer que les besoins des populations autochtones, qui dépendent des systèmes forestiers intacts, soient assurés tout en fournissant des produits ligneux pour la croissance économique ?
  • Quels arrangements institutionnels pourraient permettre aux petits exploitants de commercialiser conjointement les services écosystémiques fournis par le reboisement de certaines parties de leurs terres à l’échelle d’un paysage ?
  • Comment s’assurer que les forêts bénéficient aux économies locales et qu’elles  ne sont pas accaparées par des entreprises étrangères ?

Les services environnementaux

  • Comment développer un mécanisme durable pour les paiements de services écosystémiques ?
  • Peut-on vraiment utiliser les valeurs des services écosystémiques comme méthode d’évaluation de l’ensemble d’un paysage ?
  • Comment les agriculteurs peuvent-ils être gagnants financièrement dans la conservation de la biodiversité?

Economie verte

  • Comment intégrer la durabilité dans les réglementations commerciale et juridique ?
  • Comment garantir une protection et une préservation efficaces des services environnementaux dans un monde qui a un besoin croissant en matières premières à faible coût ?

Gillian Petrokofsky est associé principal du CIFOR et James Martin est chercheur à l’Université d’Oxford.

Le projet T20Q a été principalement financé par le Département britannique pour le développement international (DFID) à travers de leur subvention KNOW-FOR donnée au CIFOR. Ce projet a été coordonné par la Fondation Sylva, une fondation caritative basée au Royaume-Uni, en collaboration avec le CIFOR.

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