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La chasse aux ressources crée des tensions dans les communautés forestières du Congo

Les actions communautaires des sociétés forestières sont "souvent insuffisantes et superficielles"
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Hunters in the Tumba-Ledima Reserve, Democratic Republic of Congo. A study has examined tension among different groups of forest users in Central Africa. Ollivier Girard/CIFOR photo

Chasseurs de la Réserve de Tumba-Ledima en République démocratique du Congo. Une étude a examiné la tension qui existe entre les différents groupes d’usagers de la forêt en Afrique Centrale. Photo : Ollivier Girard/CIFOR

Africa - YAOUNDÉ, Cameroun – Avant, l’histoire était simple : les communautés rurales des pays tropicaux luttaient contre les entreprises d’exploitations forestière pour les ressources forestières dans une concurrence stérile.

Mais ces dix dernières années, la gestion de la forêt à usages multiples est devenue un moyen de relier les précieuses ressources des arbres à des besoins très variés, au-delà du bois. Des programmes de gestion prenant en compte des différentes utilisations de la forêt ont été mis en place dans certaines zones du Bassin du Congo. Dans la deuxième région forestière tropicale la plus importante au monde, les populations dépendent lourdement des produits forestiers non ligneux (PFNL) alors que plus de 40 % du bassin de 200 millions d’hectares est alloué à des baux commerciaux forestiers.

Mais comment ces programmes fonctionnent-ils en réalité ?

Cette question a été la base d’une vaste enquête menée par une équipe de chercheurs du Gabon, du Cameroun, de la République démocratique du Congo (RDC) et du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) dans le cadre du projet de recherche « Réconcilier les besoins de l’industrie forestière et des personnes dépendantes des forêts » ou « Au-delà du bois » mené par Bioversity International.

Les chercheurs ont étudié comment atténuer ou prévenir les sources de tensions potentielles ou existantes entre les différents groupes d’usagers des forêts d’Afrique centrale.

PLUS DE DEMANDE EN PFNL, MOINS D’ARBRES

Les premiers résultats, qui seront bientôt publiés, montrent que les communautés sont de plus en plus en concurrence et doivent travailler plus dur pour collecter leurs ressources.

L’étude indique que les personnes doivent maintenant parcourir en moyenne six kilomètres dans une zone forestière pour récolter les PFNL. Cela est en partie dû à la croissance démographique, qui renforce la demande et la pression sur les PFNL, alors que l’offre d’espèces d’arbres produisant ces PFNL demeure constante, voire diminue quand les forêts sont défrichées ou exploitées.

Ces facteurs peuvent provoquer des tensions, selon les chercheurs. Comme davantage de personnes récoltent les produits forestiers non-ligneux et que les agriculteurs coupent et brûlent des forêts dans les concessions forestières à un rythme effréné, de nombreux PFNL deviennent de plus en plus rares et les personnes doivent aller de plus en plus loin pour les trouver, expliquent-ils. 

Comme davantage de personnes récoltent les produits forestiers non-ligneux et que les agriculteurs coupent et brûlent des forêts dans les concessions forestières à un rythme effréné, de nombreux PFNL deviennent de plus en plus rares

auteurs de l'étude

Alors que les entreprises abattent des arbres à la recherche du profit, la plupart des ménages cherchent des PFNL pour leur survie, pour nourrir leur famille ou pour les vendre sur des petits marchés. Guillaume Lescuyer, scientifique du CIFOR et du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), explique que cette situation peut créer des frictions entre les entreprises forestières et les communautés rurales.

Même si les lois forestières interdisent l’agriculture au sein des concessions forestières, il existe souvent des enclaves actives à l’intérieur. Ni les propriétaires des concessions ni les gouvernements ne parviennent à contrôler cette situation.

Lescuyer n’y voit pas de solution à court terme. Il estime qu’il faut améliorer la législation forestière et la gouvernance pour qu’elles tiennent compte des besoins et des réalités des communautés forestières tout en tenant compte des entreprises. « Les actions entreprises par les sociétés forestières pour améliorer le bien-être des communautés rurales ont souvent des effets insuffisants et superficiels », dit-il.

LA VALEUR D’UNE CHENILLE

Comme le note Bioversity, les PFNL comme les noix sauvages, les fruits et les feuilles sont négligés par les directives des politiques nutritionnelles des gouvernements du Cameroun, du Gabon et de la RDC.

Il faudrait changer cela, selon Judith Ngondi Laure, professeur de biochimie à l’Université de Yaoundé au Cameroun. Elle explique qu’il faudrait collecter plus de données sur la valeur nutritive des aliments de la forêt. « C’est important de promouvoir la consommation de produits forestiers non-ligneux, pas seulement pour la sécurité alimentaire, mais aussi pour le bien-être global des populations rurales et urbaine », dit-elle. 

Sur le marché congolais les chenilles récoltées sur tout au long de la vie des arbres Tali (Erythrophleum suaveolens) et Sapelii (Entandrophragma cylindricum) valent respectivement 34 et 13 fois plus que le revenu qui pourrait être tiré de la coupe de ces arbres pour leur bois.

auteurs de l'étude

Les chercheurs insistent sur la valeur monétaire que les PFNL peuvent avoir sur la durée : sur la durée de vie de l’arbre, ils deviennent plus précieux que son bois en tant que tel. Selon la recherche prochainement publiée de Biodiversity, sur le marché congolais les chenilles récoltées sur tout au long de la vie des arbres Tali (Erythrophleum suaveolens) et Sapelii (Entandrophragma cylindricum) valent respectivement 34 et 13 fois plus que le revenu qui pourrait être tiré de la coupe de ces arbres pour leur bois.

La plupart des lois qui régissent les forêts se concentrent d’abord sur l’exploitation du bois, éclipsant les avantages pécuniaires et les valeurs culturelles que les PFNL apportent aux communautés rurales. On accorde peu d’attention à la contribution que pourraient apporter des récoltes officialisées aux caisses de l’état.

Pour une gestion durable des paysages forestiers du Bassin du Congo, il faudrait des efforts collaboratifs et concertés, que les communautés forestières, les sociétés forestières et les gouvernements travaillent tous ensemble pour prévenir les conflits qui pourraient mener à davantage de déforestation.

Pour plus d’information sur ces recherches, veuillez contacter Guillaume Lescuyer sur g.lescuyer@cgiar.org ou Julius Tieguhong sur j.tieguhong@cgiar.org.

Le projet « Réconcilier les besoins de l’industrie forestière et des personnes dépendantes des forêts » (Au-delà du bois) est mené par Bioversity International et il est financé par le Fonds pour la forêt du Bassin du Congo et le Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie.

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