Analyse

Soyons sérieux sur le commerce et la protection de la flore

Les braconniers n'ont pas toujours un fusils. Certains chassent les fleurs.
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Taman anggrek Selimbau di danau Sentarum, Kalimantan Barat. Dibangun atas inisasi CIFOR dan masyarakat lokal. Ramadian Bachtiar/CIFOR

Orchidées protégées (Dendrobium spp.) collectées dans la nature et vendues à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie. Photo : Jacob Phelps / CIFOR

Les efforts de gestion et de protection de la flore sont fréquemment placés au second plan, après ceux en faveur de la faune, plus charismatique.

Pourtant, dans de nombreux endroits, des plantes sauvages et leurs produits forestiers non ligneux représentent toujours des parts importantes des moyens de subsistance, régimes alimentaires, médicaments et pratiques culturelles du monde rural.

Ceci est particulièrement vrai dans certaines régions continentales de l’Asie du Sud-Est ; un épicentre de la diversité botanique qui a fait étonnamment peu l’objet d’évaluations et d’efforts de protection de la flore.

Parmi les menaces généralisées de destruction d’habitats, la récolte et le commerce à but lucratif exercent une pression ciblée et forte sur de nombreux taxons.

« L’INVISIBLE »

Contrairement à de nombreuses pratiques traditionnelles impliquant une récolte et utilisation relativement locales, la demande commerciale actuelle de nombreuses plantes sauvages est supérieure à l’offre.

Pourtant, le commerce botanique est souvent négligé.

C’est le cas du commerce de plantes ornementales sauvages en Asie du Sud-Est pour les marchés horticoles.

Notre étude récente sur ce commerce invisible d’espèces sauvages présente les principaux résultats d’enquêtes effectuées sur les marchés illégaux d’espèces sauvages à travers de la Thaïlande, y compris à ses frontières avec le Laos et le Myanmar.

Les enquêtes ont mis en évidence plus de 400 espèces ornementales dans le commerce illégal effectué sur des marchés publics, dont plusieurs espèces nouvelles pour la science.

La plupart des plantes vendues sont des orchidées, l’une des plus grandes familles de plantes florissantes. Elles sont très appréciées par les amateurs de plantes pour leurs belles fleurs parfumées et uniques.

Cependant, le commerce international d’orchidées récoltées en milieu sauvage figure, du moins sur le papier, parmi les groupes les plus étroitement réglementés du commerce d’espèces sauvages.

MENACÉES ET EN VOIE DE DISPARITION

Beaucoup d’orchidées sont protégées en vertu des législations nationales et le commerce international d’orchidées sauvages est étroitement limité par la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES).

Cependant, ces résultats alarmants sont parfois négligés par certains milieux parce qu’ils concernent des plantes et non des animaux.

Jusqu’à présent, ce commerce a en effet été officiellement « invisible ».

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A travers de l’Asie du Sud-Est, les statistiques gouvernementales du commerce international de plantes, basées sur les collectes des douanes et des organes chargés de l’application de la loi, documentent un commerce international très limité de plantes prélevées dans la nature.

Alors que nous avons très peu d’information sur les trajectoires de la plupart des espèces présentes dans le commerce, certaines sont reconnues comme menacées ou en voie de disparition.

Les déclarations des commerçants suggèrent également que de nombreuses espèces sont de plus en plus difficiles à trouver en milieu sauvage.

Alors que l’on s’inquiète de plus en plus de la protection de la biodiversité et du commerce illégal d’espèces sauvages, les plantes pourraient continuer à être négligées par les mesures nationales de préservation et par les instances internationales, y compris United for Wildlife et ASEAN Wildlife Enforcement Network

Il est crucial de prendre au sérieux la protection de la flore.

Ceci nécessite une vision globale qui considère non seulement la mégafaune charismatique, telle que éléphants, rhinocéros et tigres, mais également le grand nombre d’espèces végétales échangées sur les marchés.

Nous demandons une attention accrue pour le commerce et la préservation de la flore en Asie du Sud-Est. Nous soutenons que les efforts de lutte contre le commerce illégal d’espèces sauvages doivent veiller à inclure la flore.

Il est urgent d’améliorer la surveillance du commerce de la flore ainsi que l’application des lois. Même lorsque les plantes sont légalement reconnues comme étant protégées, comme dans le cas de nombreuses plantes ornementales ciblées telles que les orchidées, les cycadées et les plantes carnivores (Nepenthes spp.), les règles établies ne sont souvent pas mises en œuvre.

Des réponses plus vastes et diverses au commerce illégal et à la protection de la flore, tout comme le suivi et l’application des lois, sont cruciaux pour soutenir la mise en œuvre des engagements existants de préservation.

Les efforts pour limiter le commerce illégal d’espèces sauvages doivent également inclure les plantes.

Jacob Phelps est scientifique au CIFOR, basé à Bogor en Indonésie. Il peut être contacté à l’adresse J.Phelps@cgair.org.

Les recherches du CIFOR sur le commerce illégal d’espèces sauvages s’inscrivent dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie.

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