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Trouver des refuges pour les orangs-outans de Bornéo

Avec le réchauffement des plaines, les orangs-outangs prennent de la hauteur.
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Une étude du CIFOR a permis d’identifier jusqu’à 42000 km2 de refuge potentiel qui pourrait convenir à l’orang-outang alors que son habitat actuel disparaît. Photo : Photopin.com

Indonesia - Les populations d’orangs-outangs des îles indonésiennes de Sumatra et de Bornéo déclinent depuis des décennies car ils perdent leur habitat.

Rien qu’à Bornéo, l’Union internationale pour la conservation de la nature estime que plus de 50% de la population a été perdue ces 60 dernières années.

Cette perte a mis en lumière le rôle des industries forestières et de palmier à huile dans la disparition des forêts de plaine, qui constituent l’habitat primaire des orangs-outangs.

Alors que près de la moitié des forêts indonésiennes restantes à Bornéo sont consacrées au développement, les groupes de préservations et les militants de l’environnement ont lancé un appel pour une protection efficace des forêts de prairie afin de protéger les espèces face à la culture de l’huile de palme et au boom des populations au Kalimantan.

Cependant, une nouvelle étude suggère qu’avec ce changement climatique, ces convictions, bien que nobles, ne sont peut-être pas pertinentes.

Plutôt que de se focaliser sur les seuls effets du changement climatique, les chercheurs ont utilisé 10 ans de données satellites et des modèles incluant des scénarios d’utilisation des terres et de changement climatique pour prédire la disponibilité d’habitats adaptés à l’orang-outang jusqu’en 2080.

Les futurs taux de déforestation et les changements d’utilisation des terres pourraient priver l’orang-outang de 15 à 30% de son habitat actuel.

Cependant, selon les modèles de changement climatique, qui prévoient l’impact des changements de température et de précipitation sur la qualité de l’habitat, 63% de la chaîne de Bornéo ne serait plus en mesure de satisfaire les besoins des populations d’orangs-outangs. 

Il y a déjà des preuves empiriques à travers le monde qui montrent que les espèces vivant dans les zones de plaine, des zones plus chaudes, tendent à migrer en altitude avec le changement climatique. Ce phénomène a déjà commencé

David Gaveau

En combinant ces modèles pour tenir compte à la fois de la modification de l’utilisation des terres et du changement climatique, l’étude a montré que le grand singe pourrait perdre jusqu’à 74% de son habitat actuel dans les soixante prochaines années.

Alors que la plupart des forêts de plaine pourraient devenir inadaptées pour les orangs-outangs, l’étude a aussi identifié des zones refuges potentielles. Jusqu’à 42 000 km2 pourraient devenir adaptés alors que leur habitat actuel disparaît.

MIGRATION CROISSANTE

Autrefois les orangs-outangs vivaient à des altitudes moins élevées.

Mais un corpus de recherche de plus en plus important suggère qu’avec le réchauffement des plaines, les espèces tropicales pourraient, face à ces conditions défavorables, chercher progressivement refuge en se déplaçant vers les hauteurs, où les températures sont moins élevées. Les initiatives de préservations focalisées sur les plaines ne seraient donc intéressantes que sur le court terme.

« Il existe déjà des preuves empiriques à travers le monde qui montrent que les espèces vivant dans les zones de plaine, des zones plus chaudes, tendent à migrer en altitude avec le changement climatique. Ce phénomène a déjà commencé », explique David Gaveau, scientifique au Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) et co-auteur de l’étude.

PRESERVER POUR CONNECTER

Ce changement dans l’histoire de la préservation de l’orang-outang ne doit pas nécessairement être source d’inquiétude. Selon l’étude, beaucoup de zones d’altitudes qui devraient selon les prédictions devenir des habitats adaptés pour les orangs-outangs sont déjà concernées par des mesures de protections.

« Comme ces zones protégées sont déjà installées, il faudrait juste accroître légèrement les terres protégées dans les plaines d’après nos recherches », explique l’auteur principal Matthew Struebig, du Durrell Institute of Conservation and Ecology, à l’Université du Kent.

En étendant les protections à quelques zones clés des forêts de plaine existantes, les auteurs suggèrent qu’on pourrait créer des corridors pour la faune sauvage entre les forêts de plaine actuellement adaptées et les zones protégées en altitude qui seraient créés. Cela pourrait permettre aux orangs-outangs et à d’autres mammifères de se déplacer librement et progressivement vers leur nouvel habitat, au fur et à mesure que les zones deviennent plus adaptées.

Au moins un corridor présente déjà des résultats prometteurs sur l’île malaisienne de Bornéo, qui représente environ 90 hectares de forêt.

Mais la connectivité n’a de sens que si l’habitat que les animaux vont rejoindre demeure hospitalier. Pour s’en assurer, les auteurs suggèrent de réfléchir à des mesures pour vérifier que cet habitat approprié en altitude est bien géré en attendant, et que les forêts ne sont pas déboisées, cédant ainsi à la pression des populations et du développement.

UNE ASSOCIATION PAS SI BIZARRE

Préserver les zones en altitude et en profiter ne serait pas forcément un jeu à somme nulle, selon l’étude.

« Il y a déjà de nombreuses zone protégées intactes sur les hauteurs de Bornéo, parce que ce sont les moins chères à mettre en place et ce seraient les plus chères à développer. C’est pourquoi elles n’ont pas constitué une priorité du programme de préservation jusqu’à présent », explique M. Struebig. « Elles pourraient prendre beaucoup plus d’importance avec le changement climatique. Mais la majorité de ces zones sont classés forêts de production, pour l’extraction du bois dans des concessions forestières. »

Il est vital de conserver des forêts de production selon M. Gaveau. « Vous extrayez quelques gros arbres mais vous laissez le reste, explique M.Gaveau ». « Votre banque de semences et votre faune restent là. Si vous faites cela de manière durable, vous pouvez faire en sorte que la forêt soit rentable par elle-même. » 

Il existe déjà de nombreuses zone protégées intactes sur les hauteurs de Bornéo, parce que ce sont les moins chères à mettre en place et ce seraient les plus chères à développer. C’est pourquoi elles n’ont pas constitué une priorité du programme de préservation jusqu’à présent… La majorité de ces zones sont classés forêts de production, pour l’extraction du bois dans des concessions forestières

David Gaveau

C’est une possibilité que M.Gaveau étudie depuis un moment. Des études antérieures ont aussi montré que les orangs-outangs de Bornéo peuvent bien s’adapter dans des paysages exploités de manière responsable.

Quand elle est bien gérée, « l’industrie, qui a elle-même été en partie responsable de la disparition de forêts tropicales, peut être un allié potentiel pour l’avenir de la préservation à Bornéo », estime M.Gaveau. « Certains estiment que faire équipe avec les entreprises d’exploitation forestière reviendrait à travailler avec l’ennemi. Mais en réalité, mieux vaut travailler avec des entreprises qui ont un intérêt personnel à conserver une couverture forestière, plutôt qu’avec des industries qui vivent du défrichement total des forêts ».

Il peut être difficile de faire fonctionner un partenariat entre économie et action de préservation. Actuellement, de nombreux problèmes de gouvernance – titres incertains, niches qui permettent le déclassement des terres et la perte de leur statut protecteur, et conflits entres les programmes territoriaux des gouvernements nationaux et locaux – permettent la conversion de terres protégées en plantations de palmiers à huile.

Mais M. Gaveau reste optimiste

« L’exploitation forestière, c’est différent », dit-il. « Quand c’est fait de manière responsable, en développant des règles qui empêchent les gens de jouer avec les failles du système, les forêts peuvent demeurer, pour toujours ».

Pour plus d’informations sur les orangs-outangs d’Indonésie, veuillez contacter David Gaveau à l’adresse d.gaveau@cgiar.org

Les recherches du CIFOR sur les orangs-outangs s’inscrivent dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie

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