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Agriculture intensive et sols forestiers : attention ça déborde !

Pourquoi y a-t-il de l'azote, du phosphore et de l'uranium dans les sols forestiers?
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Seorang petani menebar kapur di atas lahannya, wilayah Waikato, Selandia Baru. Penelitian di wilayah itu menunjukkan bahwa pertanian intensif mengarah pada kondisi tumpahan unsur hara berlebihan. Brian NZ

Un agriculteur épand de la chaux sur ses terres dans la région de Waikato en Nouvelle-Zélande. Des recherches menées dans cette zone indiquent que l’agriculture intensive a conduit un débordement des fertilisants plus important. Photo : Brian NZ

New Zealand - Si l’on ne tient pas compte de l’impact des produits agricoles épandus sur terres cultivées de manière intensive et débordant sur les zones limitrophes, cela risque d’avoir des conséquences graves sur les propriétés des sols, selon une nouvelle étude.

Cette recherche menée dans le district de Waipa sur l’île du nord de la Nouvelle-Zélande a examiné des zones représentatives des « terres épargnées », de petites zones forestières isolées ou des vestiges de forêt entourées de terres utilisées pour la production alimentaire. Ces zones, généralement de 2 à 16 hectares, sont tout ce qui reste des habitats naturels présents dans les paysages agricoles de plaine.

Selon les auteurs, l’utilisation intensive des terres à des fins agricoles a un impact majeur sur la propriété des sols de ces zones forestières, indépendamment des différences naturelles qui surviennent sur les différents types de sols avant la conversion à l’agriculture. Ils ont constaté un changement « systématique » des propriétés des sols dans les zones où on pratique une agriculture intensive, avec des niveaux élevés d’azote, de phosphore, d’uranium et de cadmium. Les auteurs constatent que, même lorsque les forêts restantes sont clôturées ou « épargnées » à des fins de conservation et que le bétail ne peut pas y accéder, les débordements de nutriments, dus au ruissellement et à la dérive aérienne des engrais, ont des conséquences importantes au-delà des périmètres clôturés. 

Cette recherche est une alerte. L'idée que l'agriculture intensive permette de produire davantage de nourriture pour plus de personnes sans nuire à d'autres zones n'est tout simplement pas réaliste

Liz Deakin

Avec l’intensification de l’agriculture, ces débordements ont augmenté. Les déversements, en particulier de l’azote et du phosphore trouvés dans les engrais, n’affectent pas seulement le bord des frontières avec les forêts natives, même s’ils sont plus concentrés dans ces zones.

« Concernant le débat sur la sauvegarde des terres, il n’y a pas eu d’étude directe des effets de proximité ou « des effets de débordement » induits par les pratiques agricoles intensives et par les apports importants d’engrais associés », déclare Liz Deakin, chercheur post-doctorante au Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) et co-auteur de l’étude. « Du point de vue de la conservation, nous détenons la preuve que la sauvegarde des terres n’est pas une solution miracle pour concilier la production et le maintien de la résilience des forêts puisque les effets indirects sont assez importants.

Selon Mme Deakin, ces effets néfastes comprennent une contrepartie financière pour les agriculteurs qui perdent, en cultivant de manière intensive, l’azote des engrais dans les zones forestières adjacentes. L’engrais coûte cher. Réduire le débordement de nutriments, tout en soutenant l’efficacité de la production, augmenterait les bénéfices et réduirait les dommages environnementaux.

« Cette recherche est une alerte », déclare Mme Deakin. « L’idée que l’agriculture intensive permette de produire davantage de nourriture pour plus de personnes sans nuire à d’autres zones n’est tout simplement pas réaliste. Il est nécessaire de combiner différentes pratiques en incluant des pratiques plus durables. »

UNE NOUVELLE PISTE : LES ZONES TAMPONS

Une des possibilités est de créer des zones tampons de végétation. Mme Deakin affirme qu’il y a eu beaucoup de travaux sur les zones tampons aquatiques qui éviteraient les déversements de la terre vers l’eau. Néanmoins, les zones tampons de végétation sont rares, malgré des principes similaires et leur potentiel de fournir d’autres avantages tels que la réduction des effets du microclimat existant entre deux milieux différents sur les communautés végétales et animales.

« Tous les travaux réalisés sur les déversements de l’agriculture intensive dans des systèmes naturels ont été uniquement réalisés sur des systèmes aquatiques. Ce travail n’a jamais été fait, nulle part dans le monde, sur les systèmes terrestres. Il s’agit donc d’une nouveauté pour la recherche », déclare Mme Deakin en reconnaissant que les zones tampons ne constituent qu’une partie de la solution pour atténuer la pollution. 

Alors que les agriculteurs travaillent dur pour bénéficier améliorer les rendements de leurs terres, il faut tenir compte de l’échelle croissante des élevages de bétail et du débordement des éléments nutritifs des zones agricoles dans les milieux naturels adjacents.

Mme Deakin avertit que si on ne pas tient pas compte la manière dont le ruissellement agricole affecte les terres adjacentes aux zones d’agriculture intensive, on risque d’assister à des conséquences importantes sur la biodiversité et les services écosystémiques.

Bien que l’augmentation des rendements par l’agriculture intensive augmente les revenus et la production alimentaire, il faut davantage de recherches pour déterminer l’ampleur des conséquences pour les milieux naturels adjacents, affirme Mme Deakin.

Pour plus d’informations sur les sujets de ces recherches, veuillez contacter Liz Deakin à l’adresse l.deakin@cgiar.org.

Le financement de cette étude a été assuré par la bourse Marsden de la Société royale de la Nouvelle-Zélande. Les recherches du CIFOR sur les liens entre les forêts et l’agriculture s’inscrivent dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie.

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