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Compter les arbres? 143 scientifiques l’ont fait

Ils ont dénombré près de 53 000 espèces différentes !
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Une nouvelle recherche, menée mondialement, révèle que les forêts tropicales abritent entre 40 000 et 53 000 espèces d’arbres. Photo: Pixabay

Pas évident de trouver une aiguille dans une botte de foin ? Voici une tâche encore plus compliquée : compter tout le foin que contient la ferme.

Une nouvelle étude documente les résultats d’une telle recherche entreprise à travers le globe pour compter le nombre d’espèces d’arbres trouvées au sein des forêts tropicales de la planète.

Selon les estimations des – 143 – auteurs, les forêts tropicales de la Terre abritent entre 40 000 et 53 000 espèces d’arbres, dont certaines extrêmement rares.

L’article représente une des premières tentatives pour créer une base de données mondiale sur le nombre d’espèces d’arbres qui existent au sein des forêts tropicales.

Auparavant, ces enquêtes avaient compté uniquement les arbres d’une région spécifique, sans aucune sorte de cohérence générale. D’autres études, estimant 37 000, 43 000 et 50 000 espèces d’arbres, étaient « basées sur l’opinion d’experts », ont écrit les chercheurs.

« C’était un peu fragmenté », affirme Terry Sunderland, scientifique principal au Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR) et un des auteurs de l’étude. « Il s’agit de réévaluer l’état des connaissances et de comprendre où sont les lacunes afin de réellement pouvoir entreprendre ces analyses à un niveau global. »

LE PAYSAGE GLOBAL DES ARBRES

Pour mener cette étude, les chercheurs ont créé une base de données de plus de 650 000 arbres avec plus de 11 000 espèces trouvées dans les régions tropicales de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine.

Cette approche a eu l’avantage de rassembler des chercheurs du monde entier et de mettre en avant des chercheurs de pays en développement sur la scène internationale de l’édition. 

Il s’agit de réévaluer l’état des connaissances et de comprendre où sont les lacunes afin de réellement pouvoir entreprendre ces analyses à un niveau global

Terry Sunderland

Leurs résultats viennent bouleverser des hypothèses précédentes sur la spéciation des arbres tropicaux.

L’Amérique latine, par exemple, a longtemps été considérée comme abritant les forêts les plus diversifiées. Toutefois, l’étude a démontré que des plusieurs régions d’Asie du Sud-Est étaient tout autant diversifiées, considérant que les deux régions contiennent entre 19 000 et 25 000 espèces.

L’Afrique, par opposition, n’avait que 4 500 à 6 000 espèces d’arbres.

Ces chiffres, cependant, dépassent de loin ce qui se retrouve d’autres forêts : les forêts tempérées d’Europe ne contiennent  que 124 espèces. Ces disparités proviennent largement des différences de précipitations qui existent entre les régions, étant donné que des précipitations plus élevées signifient généralement une plus grande biodiversité des plantes.

« Cette recherche nous indique que si nous voulons préserver la biodiversité, nous devons nous concentrer sur ces régions », nous dit Sunderland. « Je pense qu’il s’agit d’un outil de gestion incroyablement important. »

Des recherches antérieures ont indiqué qu’une grande biodiversité signifie une biomasse élevée.

Ainsi, recenser les espèces d’arbres pourrait mieux informer des programmes comme REDD+. Ce programme vise d’une part à atténuer le changement climatique et d’autre part, à protéger les espèces végétales et animales en offrant des crédits en retour afin de garder les forêts intactes.

MAIS COMBIEN, EXACTEMENT?

L’étude révèle que les forêts tropicales abritent une myriade d’espèces dont la population est de très réduite, sans toutefois savoir exactement combien il y a d’espèces ou à quel point les populations sont petites.

Cette question demeure pour les futurs chercheurs. Certaines de ces espèces pourraient être en voie d’extinction et ainsi avoir besoin d’être protégées, alors que pour d’autres, il pourrait simplement s’agir d’espèces rares.

« C’est l’un des problèmes majeurs des forêts », affirme Sunderland. « Il y a plusieurs modèles de spéciation, donc on ne peux pas dire “nous allons protéger une zone ici et ça va protéger toute la biodiversité”. Ça ne fonctionne pas comme ça. »

En plus d’informer la prise de décision sur la préservation aujourd’hui, enquêter sur les espèces d’arbres jette des bases qui permettront des comparaisons avec des études futures – ce qui est particulièrement important étant donné que les forêts évoluent selon le climat. 

C’est l’un des problèmes majeurs des forêts. Il y a plusieurs modèles de spéciation, donc on ne peux pas dire ‘nous allons protéger une zone ici et ça va protéger toute la biodiversité’

Terry Sunderland

Sunderland souligne que les changements dans les forêts qui avaient été auparavant documentés au cours des millénaires se produisent maintenant beaucoup plus rapidement.

Des conditions plus chaudes dans les tropiques peuvent conduire à une diminution des précipitations, amenant ainsi une sécheresse qui peut être dangereuse pour les forêts. Combinée à la déforestation, la sécheresse pourrait décimer des populations d’arbres.

Collecter et rassembler des connaissances sur l’état des arbres aujourd’hui sera crucial pour évaluer, et peut-être, réduire les dommages au cours des prochaines décennies.

« Il ne s’agit pas seulement d’un exercice académique, qui est toutefois important et intéressant, mais cela fournit aussi un point de comparaison pour commencer à surveiller les tendances et modèles, alors que les choses changent avec le changement climatique, par exemple », dit Sunderland.

« Établir ce point de comparaison permet de comprendre la vitesse et la nature de ce changement. »

Pour plus d’informations concernant le dénombrement des espèces tropicales, vous pouvez contacter Terry Sunderland à cette adresse : t.sunderland@cgiar.org

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