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Burkina Faso : petites solutions et grandes retombées

Poser une simple clôture peut faire des miracles pour une communauté locale.
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Paysage de la région de Pabré au Burkina Faso. Temoigner.ch
Paysage de la région de Pabré au Burkina Faso. Temoigner.ch

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Africa - PABRE, Burkina Faso — Une simple clôture protège un lopin de terre contre le bétail et les incendies. Ceci suffit pour transformer trois hectares de terres dénudées et dégradées de la ferme de Bertin Doamba dans le centre du Burkina Faso en une petite forêt sèche, riche en biodiversité.

En 2009, M. Doamba et sa famille ont installé une clôture avec le soutien de l’ONG burkinabé Tiipaalga, ou « Nouvel Arbre » en moré, une langue parlée dans certaines parties du Burkina Faso. Cette clôture a entraîné une régénération remarquable du sol, de la végétation et de l’écosystème.

« La clôture m’a offert une nouvelle chance, voire une prolongation de ma vie », affirme M. Doamba. « Nous avons même notre pharmacie dans cette enceinte, avec toutes les plantes médicinales ».

Ce n’est qu’une infime partie de ce que ce mini-paysage verdoyant offre à la famille.  

La clôture m'a offert une nouvelle chance, voire une prolongation de ma vie. Nous avons même notre pharmacie dans cette enceinte, avec toutes les plantes médicinales

Bertin Doamba

Les graminées qui prolifèrent dans l’enceinte fournissent du fourrage pour les vaches, les chèvres et les moutons de la famille, ainsi qu’un revenu lorsque le bétail est vendu.

Au cours de la saison des pluies, la famille cultive certaines plantes telles que des haricots et du millet sur un périmètre de dix mètres au sein de la clôture.

Durant toute l’année, la clôture agit comme un coupe-feu. Elle protège la végétation à l’intérieur des feux sauvages, courants dans la région.

Andropogon gayanus, une espèce rare d’herbe que M. Bertin pensait ne jamais revoir est également réapparue. Selon son épouse, Clémentine Kaboré, elle est très appréciée pour tisser des tapis, imperméabiliser les toitures et couvrir les greniers afin de les protéger contre les espèces nuisibles.

Même des animaux sauvages (oiseaux, singes et mammifères) que M. Doamba n’avait pas vu depuis son enfance il y a un demi-siècle, ont été vus dans l’enclos.

LE RETOUR DES ARBRES

Toutefois, le plus important sont les arbres.

Des dizaines d’espèces arboricoles et arbustives que la famille n’avait pas vues depuis des années prospèrent à l’intérieur de l’enclos.

Parmi elles figurent des espèces indigènes qui contribuent à l’alimentation et aux revenus des ménages. Elles comprennent 68 arbres adultes de karité (Vitellaria paradoxa), ainsi qu’un mélange équilibré de : néré (Parkia biglobosa), tamarin (Tamarindus indica), jujubier (Ziziphus mauritiana), vigne (Saba senegalensis), raisin sauvage (Lannea microcarpa), gousses de bauhinia sauvage (Piliostigma thonningii)) et lentilles brunes (Acacia macrostachya) appelées localement « zamné ».

La forêt sèche et protégée qui a poussé au sein de l’enclos protège la famille des aléas du climat en mutation et de plus en plus imprévisible. Puisque les cultures céréalières annuelles dépendent entièrement des pluies qui tombent durant trois ou quatre mois par an, les conditions météorologiques rendent la vie des agriculteurs de la région très précaire.

086 Kalembouli soumbala & nere seeds

Soumbala, un condiment populaire est fabriqué à partir de graines de l’arbre de néré.

En effet, selon des chercheurs du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR), les forêts sèches ainsi que les arbres de la région semi-aride du Sahel ont toujours agi comme un filet de sécurité crucial pour les populations.

Toutefois, ces ressources sont menacées.

« En vérité, la pression que nous observons est double », déclare Houria Djoudi, chercheur au CIFOR.

« La forêt elle-même est directement et négativement affectée par le changement climatique, de sorte que la biodiversité et les ressources forestières ont diminué. La pression démographique augmente également et avec elle le besoin en ressources. Pour la population, les ressources forestières sont le seul moyen de faire face à court terme à la sécheresse, en récoltant des produits forestiers ou en utilisant la forêt comme réserve de fourrage pour faire survivre les animaux. »

D’où la nécessité urgente de technologies telles que les clôtures, qui soutiennent la nature dans sa propre régénération. 

Les ménages ici vivent des arbres. Le beurre de karité provient des arbres. Le soumbala provient des arbres. Les arbres sont essentiels à la survie et fertilisent les sols

Alain Touta Traoré

« Un large éventail de produits forestiers non ligneux se trouve à l’intérieur des enclos », déclare Nadia Djenontin. Elle fait partie de l’équipe du CIFOR travaillant sur le projet ACFAO, financé par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM). « Ces ressources sont extrêmement précieuses pour les Hommes et le bétail ».

Selon le coordonnateur de l’ONG Tiipaalga, Alain Touta Traoré, les enclos, promus par son organisme, sont un élément clé de l’adaptation au changement climatique.

« Ces clôtures nous permettent de préserver ce qui existe déjà », dit-il. « En outre, elles nous permettent de replanter les arbres indigènes que nous avons perdu. Les ménages ici vivent des arbres. Le beurre de karité provient des arbres. Le soumbala [un assaisonnement nutritif] provient des arbres. Les arbres sont essentiels à la survie et fertilisent les sols. »

Il existe des techniques innovantes mais simples utilisées à l’intérieur des enclos qui permettent d’améliorer l’écosystème et les services qu’il fournit. Celles-ci comprennent des mur de pierres pour ralentir le ruissellement de l’eau et pour réduire l’érosion ; des fosses Zai (ou fosses de plantation) remplies avec du compost afin de créer des poches de fertilité ; tout comme des « jardins nourriciers » constitués d’arbres de baobab et de moringa bien-taillés qui fournissent des feuilles nutritives pour enrichir les régimes alimentaires.

Depuis décembre 2014, Tiipaalga a soutenu le développement de 247 enclos de ce type dans 109 villages sur 8 provinces du Burkina Faso, couvrant un total de 722 hectares de terres reboisées, selon M. Traoré.

Il s’agit là d’une très bonne nouvelle pour un pays semi-aride tel que le Burkina Faso, où la dégradation des terres et la désertification poussent les populations à chercher des pâturages verts.

« La prolifération de ces petites forêts peut aider à réduire la migration du nord et du centre du pays vers le sud, où la pression est déjà très élevée », déclare Mme Djenontin.

Selon Houria Djoudi « il ne s’agit pas de juste mettre quelques clôtures ; l’ensemble du processus d’apprentissage collectif et le fait que les personnes, ayant déjà subi les conséquences de la perte d’arbres et de forêts, sont maintenant engagées dans des activités de restauration sont très importants. Il est encore plus important que davantage de personnes agissent activement ailleurs. »

COMPTES D’ÉPARGNE POUR LES FEMMES

Les femmes sont particulièrement dépendantes des ressources forestières et arboricoles.

« Lorsque les greniers sont vides, ce sont les femmes qui sont responsables de les remplir à nouveau en achetant des céréales », explique Mme Djoudi. « Donc, si les femmes ne disposent pas de ressource, telle qu’un produit forestier qu’elles peuvent vendre, elles ne peuvent pas reconstituer les stocks alimentaires et ceci affecte toute la famille, à commencer par les enfants … pour elles, la forêt est donc comme un compte d’épargne à utiliser en temps de crise. » 

En outre, nous devons revoir les politiques qui ne sont pas toujours adaptées aux besoins des populations, en particulier ceux des plus démunis et des femmes

Houria Djoudi

Comprendre le rôle des femmes était important lors de l’avancement du projet de recherche. Il en allait de même pour la nécessité de reconnaître les savoirs traditionnels présents dans la région.

« Pour trouver des solutions viables, nous devons nous appuyer sur ce savoir en le combinant avec des nouvelles connaissances », affirme Mme Djoudi. « En outre, nous devons revoir les politiques qui ne sont pas toujours adaptées aux besoins des populations, en particulier ceux des plus démunis et des femmes. »

L’objectif est d’élaborer des options stratégiques qui permettront de renforcer la capacité d’adaptation au changement climatique des populations du Sahel. Il est nécessaire d’aborder des questions telles que le droit d’accès et le régime foncier.

« Par nos observations », déclare Mme Djoudi, « nous espérons influencer les politiques de développement et d’environnement, ainsi que les politiques concernant le régime foncier et le changement climatique. »

Pour plus d’informations sur ces recherches, veuillez contacter Houria Djoudi à l’adresse H.Djoudi@cgiar.org

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Thèmes :   Forêts sèches