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Pauvreté, conflit et changement climatique

Forêts sèches : essentielles à la survie de millions de personnes, elles sont pourtant sous-étudiées.
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Les noix de karité sont résoltées de mi-juin à la mi-septembre. Après été extraites de leurs gousses, elles sont lavées puis séchées.  Ollivier Girard/CIFOR
Les noix de karité sont résoltées de mi-juin à la mi-septembre. Après été extraites de leurs gousses, elles sont lavées puis séchées. Ollivier Girard/CIFOR

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Africa - Comprendre les forêts sèches est essentiel pour aider les résidents les plus pauvres à s’adapter au changement climatique. Et garder ces forêts intactes peut être une des meilleures protections pour lutter contre la pauvreté.

Étant donné que les arbres stockent du dioxyde de carbone, ils aident à absorber une partie de nos émissions de gaz à effet de serre. Abattre les arbres peut libérer le carbone qu’ils stockent, contribuant ainsi encore plus au problème.

Dans les forêts sèches d’Afrique de l’Ouest, essayer de protéger les forêts des perturbations peut créer d’intenses conflits avec les éleveurs de bétail qui ont besoin des arbres pour le fourrage de leurs animaux.

En période de sécheresse, la vente du bétail peut fournir un revenu qui fait la différence entre quelques mois difficiles, mais gérables, et un déclin vers une pauvreté désastreuse.

Si nous chaussons les lunettes de la pauvreté pour regarder les forêts, nous les verrons autrement

Houria Djoudi

Dans un récent article publié dans une édition spéciale du International Forestry Review, la scientifique Houria Djoudi du Centre de Recherche Forestière Internationale (CIFOR), a effectué une revue de la littérature existante sur la pauvreté dans les forêts sèches.

Djoudi et ses collègues ont découvert que les ressources provenant de ces forêts sont bien souvent essentielles pour les habitants pauvres issus des communautés qui vivent dans les forêts sèches. Cela procure un filet de sécurité vital pour maintenir les familles à flot durant les périodes de crises économique ou environnementale.

« Si nous chaussons les lunettes de la pauvreté pour regarder les forêts, nous les verrons autrement », rapporte Djoudi.

« Beaucoup de choses s’écrivent comme quoi les forêts ne seraient peut-être pas si importantes, mais l’on doit se demander : importantes pour qui? ».

IL Y A UNE CERTAINE DIVERSIFICATION

Dans plusieurs zones où il y a des forêts sèches, les habitants diversifient leurs sources de revenus et dépendent moins des forêts pour leur subsistance.

Mais un examen plus attentif révèle que les ménages pauvres sont tributaires des forêts pour une plus grande partie de leurs revenus que les ménages les plus riches et ont souvent besoin de produits forestiers pour les empêcher de basculer vers une pauvreté encore plus grande.

Plusieurs communautés dépendent des forêts pour le bois de chauffage qui est un moyen pour cuire les aliments et une source d’énergie, en plus de constituer une source significative de revenus.

Des études récentes ont découvert que le bois de chauffage fournit 75 pourcent de l’énergie consommée en Afrique subsaharienne (excluant l’Afrique du Sud) et 70 pourcent de toute l’énergie utilisée dans le sud de l’Afrique.

Le bois de chauffage génère également 309 millions de dollars américains en revenus chaque année en Afrique du Sud et constituait jusqu’à 70 pourcent des revenus en argent comptant des ménages ruraux en Tanzanie.

Les forêts procurent aussi des écosystèmes précieux, comme la rétention d’eau pour que les agriculteurs puissent irriguer leurs cultures, de même que des aliments sauvages qui peuvent être mangés ou vendus pour des revenus supplémentaires.

Certains produits des forêts sèches sont mêmes importants pour l’économie nationale.

DE L’ARGENT DANS LES ARBRES

Une étude a révélé que le beurre de karité, produit à partir des noix de l’arbre de karité africain (Vitellaria paradoxa), est la troisième exportation nationale la plus importante au Burkina Faso. Un autre constat est que les gommes et les résines issues des forêts sont les deuxièmes plus importantes sources de revenus en Éthiopie, après le bétail.

« Quand vous regarder qui est en réalité dépendant de la forêt, il en ressort alors une valeur complètement différente en matière de recherche, de développement, de vulnérabilité », souligne Djoudi.

Ce genre de connaissances, en plus de la recherche biophysique sur les forêts elles-mêmes, peut être critique dans la planification des projets qui gèrent les forêts et qui aborde le changement climatique tout en réduisant la pauvreté.

Par exemple, certaines espèces à l’intérieur d’une forêt sont susceptibles d’être plus résilientes à la sécheresse que d’autres. Puisqu’il est probable que le changement climatique assèche encore davantage les régions sèches dans le futur, il y a de fortes chances que ces espèces s’en tirent mieux.

« Si nous prévoyons que nous allons baser nos activités d’exploitation forestière sur une espèce et qu’ensuite, cette espèce n’y est plus ou est de plus en plus sensible, alors nous n’avons pas de succès avec notre intervention », dit Djoudi.

BESOIN CRIANT POUR LA RECHERCHE

Dans l’ensemble, Djoudi remarqua qu’il y a un « manque alarmant de recherches » sur les forêts sèches à tous les niveaux.

Il y a peu de données de référence sur les écosystèmes eux-mêmes et très peu d’études se penchant sur l’évolution des forêts sèches. Certains pays qui ont des forêts sèches ne disposent pas des données de base et d’inventaires forestiers.

On ne peux même pas identifier clairement les sujets de recherche parce qu’on manque trop d’information

Houria Djoudi

« On ne peux même pas identifier clairement les sujets de recherche parce qu’on manque trop d’information », rapporte Djoudi.

Dans d’autres types d’écosystèmes, les habitants peuvent avoir plus d’options pour diversifier leurs sources de revenus, ou bien, leurs ressources sont peut-être moins fragiles aux changements environnementaux. Dans les zones de forêts sèches, dont plusieurs d’entre elles sont dans les pays pauvres, avoir accès aux ressources de la forêt peut s’avérer crucial pour survivre.

« Ce rôle pour réduire la vulnérabilité des ménages des forêts est quelque chose sur lequel on devrait se pencher davantage », dit Djoudi.

« Quand on prend un région comme l’Afrique de l’Ouest où on retrouve la sécheresse et la variabilité du climat, nous avons un problème si elles sont sans certains produits forestiers durant certaines périodes. Car, sans cela, il y a plusieurs ménages qui peuvent passer de pauvres à une situation encore plus désastreuse. »

Pour plus d’information concernant le travail de CIFOR au sujet des forêts sèches et de la pauvreté, veuillez contacter Houria Djoudi – h.djoudi@cgiar.org 

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Thèmes :   Forêts sèches