Entrevue

Forêts et sécurité alimentaire vont de pair… Et voici pourquoi

Terry Sunderland explique pourquoi le rôle des forêts en matière de sécurité alimentaire est de plus en plus reconnu.
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Les forêts font désormais bel et bien partie de l'agenda mondial sur la sécurité alimentaire. Bronwen Powell/CIFOR
Les forêts font désormais bel et bien partie de l’agenda mondial sur la sécurité alimentaire. Bronwen Powell/CIFOR

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Les Objectifs de développement durable (ODD), adoptés le mois dernier lors de l’Assemblée générale des Nations unies, incluent des objectifs tels qu’éliminer la faim, promouvoir une bonne nutrition et une bonne santé et parvenir à une agriculture durable. L’importante contribution des forêts à la réalisation de ces objectifs est de plus en plus évidente et de plus en plus discutée, car les experts en alimentation, en nutrition et en utilisation de la terre travaillent ensemble pour trouver des solutions intégrées.

En cette Journée mondiale de l’alimentation 2015, Terry Sunderland, scientifique principal avec le Centre pour la recherche forestière internationale (CIFOR), nous raconte pourquoi les forêts et la sécurité alimentaire vont de pair et pourquoi il est rempli d’espoir pour l’avenir.

Malgré plusieurs progrès, il y a encore 800 millions de personnes sous-alimentées. Enrayer la faim est l’un des 17 ODD récemment adoptés par les Nations unies. Aujourd’hui, quelle contribution les forêts apportent-elles à la sécurité alimentaire, à travers le monde ? 

Environ un milliard de personnes dépendent, dans une certaine mesure, des forêts pour leur subsistance d’une façon ou d’une autre. Cela comprend la nourriture, les médicaments, le bois de chauffage et d’autres produits, ainsi que les contributions directes au revenu. Les régimes alimentaires basés sur la collecte d’aliments sauvages ne fournissent pas beaucoup de calories. Mais la sécurité alimentaire n’est pas seulement une question de calories; les aliments sauvages fournissent divers nutriments essentiels à la santé et au bien-être. 

Souvent, plus les personnes se déplacent loin des forêts, plus leur régime alimentaire risquent de devenir limité. Les recherches ont montré que les personnes vivant à proximité des forêts ont souvent une alimentation plus diversifiée que l’habitant moyen en milieu rural. En particulier, les enfants vivant dans et autour des forêts ont tendance à avoir une alimentation plus saine et plus diversifiée. Dans une étude récente sur 21 pays, menée par le CIFOR, nous avons montré une corrélation claire entre la nutrition infantile et la proximité des forêts et des arbres.

Les écosystèmes forestiers fournissent également des services essentiels aux besoins vitaux qui soutiennent la production agricole. La lutte antiparasitaire sur les fermes voisines, l’atténuation des risques d’inondation, l’effet tampon contre la sécheresse et la pollinisation des cultures voisines en sont des exemples. Les récoltes des cultures, par exemple, ont tendance à être plus rapprochées des forêts et autre végétation sauvage.

Les forêts ne vont clairement pas résoudre le problème de la sécurité alimentaire au niveau mondial à elles seules, mais elles ont assurément un rôle à jouer. Et cela commence lentement à être reconnu.

Est-ce que les gouvernements, les ONG et le secteur privé saisissent l’importance des forêts pour la sécurité alimentaire ? Pensez-vous qu’ils comprennent le message ?

Je le pense. Les forêts font désormais bel et bien partie de l’agenda mondial sur la sécurité alimentaire. Ce résultat est là parce que le CIFOR, entre autres, a travaillé dur pour développer une preuve convaincante. En particulier, sur l’importance des forêts dans la diversité alimentaire globale et l’apport de services écosystémiques inestimables, surtout pour l’agriculture.

Le monde a parcouru un long chemin depuis la Révolution verte, qui mettait l’accent sur ​​les marchandises et les calories, pour arriver à réfléchir sur l’ensemble des systèmes et sur la gestion des paysages multifonctionnels pour de multiples avantages.

Le changement climatique semble rendre la production plus difficile dans de nombreuses régions du monde et pourrait même renverser les gains récents réalisés vis-à-vis la de sécurité alimentaire. Quel rôle les forêts peuvent-elles jouer afin de minimiser les risques du changement climatique sur la sécurité alimentaire ?

La monoculture est extrêmement sensible aux aléas et caprices du climat et du marché. Les paysages à usages multiples et les divers systèmes de production sont beaucoup plus résistants.

Les endroits où les gens font pousser simultanément plusieurs cultures différentes et peuvent compter sur les aliments sauvages comme un filet de sécurité lors des saisons creuses, sont beaucoup plus susceptibles de faire face au changement climatique et aux chocs économiques. Si vous êtes un producteur de café et que vous êtes touché par un insecte nuisible, vous pouvez toujours nourrir votre famille et avoir un revenu si vous êtes faites pousser tout un tas d’autres choses sur lesquelles vous pouvez vous compter, autre que le café.

Mon impression est, qu’en fait, le futur à l’air beaucoup mieux qu’auparavant.

Terry Sunderland

La biodiversité peut également contribuer à l’amélioration génétique des cultures dans le futur et aussi à la résilience. Par exemple, le « riz de plongée » (scuba rice) est un nouveau cultivar de riz, résistant aux inondations et élevé en utilisant une race à l’état sauvage trouvée en Inde.

Contrairement à une récolte de riz normal, le « riz de plongée » peut rester immergé pendant des mois. Donc, il est vraiment important que nous maintenions les variétés sauvages de cultures et l’agro-biodiversité.

Vous travaillez avec les questions du domaine de la foresterie depuis longtemps maintenant. De quelles grandes avancées avez-vous été témoin ? Êtes-vous optimiste pour l’avenir ?

Mon impression est, qu’en fait, le futur à l’air beaucoup mieux qu’auparavant.

Il y a cinq ans, il n’y a aucune chance que nous, en tant qu’organisation de recherche en foresterie, aurions pu avoir un rôle à jouer dans les discussions sur la sécurité alimentaire et la nutrition – simplement parce que nous n’aurions pas été considérés comme ayant un rôle à jouer. Maintenant, avec une de preuves plus solides, en place, il y a une bien meilleure compréhension de la nécessité d’avoir une approche systémique en matière la sécurité alimentaire et de nutrition. Et vous avez différents experts mondiaux ayant une réelle renommée qui se rassemble ensemble, comme jamais auparavant, dans divers forums. 

Le Forum Mondial sur les Paysages est un excellent exemple de progrès. Nous avons le secteur privé, les décideurs, les spécialistes de la santé, les nutritionnistes, les gens du domaine agricole – ils seront tous de la partie pour discuter. Il y a quelques années seulement, ces gens n’auraient pas été dans la même pièce ensemble. Maintenant, nous écrivons des articles de stratégie ensemble. Cette diversité disciplinaire est un atout majeur et transmet une crédibilité incroyable quand on parle aux décideurs.

Les anciens silos sont lentement en train de tomber. Le moment est venu d’adopter une approche prospective et holistique en ce qui concerne la nourriture, les régimes alimentaires et la gestion durable des paysages multifonctionnels.

 

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Cette recherche fait partie du Programme sur les Forêts, les Arbres et l'Agroforesterie du CGIAR.
Thèmes :   Aliments forestiers