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Un aperçu du paysage au Cameroun

Les "Unités d'opérations techniques" pourraient être les fondements d'une approche paysagère axée sur le développement.
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Améliorer la communication au sein des différents secteurs au Cameroun est la clé pour assurer une utilisation des terres plus durable. Ollivier Girard/CIFOR
Améliorer la communication au sein des différents secteurs au Cameroun est la clé pour assurer une utilisation des terres plus durable. Ollivier Girard/CIFOR

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Cameroon - Comment pouvons-nous gérer la terre afin qu’elle procure la nourriture, le bois, les minéraux et toutes les autres ressources naturelles dont nous avons besoin, tout en préservant les stocks de carbone et la biodiversité ? Il s’agit d’un défi de taille, intimidant, dont la complexité ne cesse de s’intensifier.

Bienvenue dans l’approche paysagère, conçue pour gérer ces compromis, mais complexe en elle-même, avec de multiples facettes et exigeante à mettre en application.

Ce casse-tête donna une idée à Eugene Loh Chia, un agent de recherche pour le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR).

Au Cameroun, où est basé Chia, le Ministère de la forêt et de la faune a fragmenté plusieurs parties du pays, qui sont utilisées de multiples façons, en ce qu’ils appellent des « Unités d’opérations techniques » (Technical Operation Units), dont l’abréviation est TOUs. Pour Chia, les TOUs semblent être un point de départ potentiel pour débuter le processus et le défi complexe que représente l’application de l’approche paysagère au Cameroun.

Il s’est dit : « Voyons voir si je peux appliquer cette approche au Cameroun en suivant ces principes ». Donc, son collègue chercheur au CIFOR Richard Kankeu Sufo et lui-même ont examiné la faisabilité de mettre en place une approche paysagère large, en employant les TOUs comme fondement.

« En théorie, cela semble très attrayant », raconte Chia. Et d’ailleurs, d’autres secteurs ont exprimé leur intérêt à utiliser les TOUs à titre d’outils de gestion. « Mais, cela demande tellement de recherche. » 

Nous devons vraiment nous assurer que toutes les parties prenantes détiennent la même information

Denis Sonwa

Chia et Sufo ont donc sauté dans la recherche. Dans l’article qui en résulte, ils examinent comment les 5 TOUs du Cameroun pourraient apporter leur soutien aux efforts pour satisfaire les besoins multiples sur un seul territoire, par exemple, la sécurité alimentaire, la croissance économique et la préservation de la biodiversité.

LE PROBLÈME AVEC LE GLOBAL

À une plus petite échelle, par exemple au niveau de la communauté, il serait possible de parvenir à des solutions significatives, nous dit Chia, en réunissant ensemble des personnes qui ont intérêt dans un ce qui se passe au niveau des terres. Par exemple, de petits propriétaires agricoles assis à la même table que des défenseurs de l’environnement et des représentants de l’agro-industrie.

« Mais aussitôt que tout cela est connecté à l’immense économie mondiale, cela devient compliqué et très difficile », souligne Chia. Les exigences et les attentes envers les apports des paysagères augmentent : « Ils doivent fournir de la nourriture, ils doivent servir à conserver le carbone, ils doivent préserver la biodiversité ».

Eugene Chia prédit que l’élargissement (à plus grande échelle) vient avec une « épouvantable » augmentation de la complexité.

Pour aligner le Cameroun avec les Objectifs de développement durable (ODD) nouvellement adoptés et atteindre l’objectif de devenir un pays émergent à l’horizon de 2035, la connexion aux politiques internationales sera plus importante que jamais. 

De la même, la vulnérabilité au changement climatique et le stockage du carbone ne sont pas encore des priorités au sein de TOUs au sens large, ce qui fait partie des lacunes qui ont été identifiées par Chia et Sufo dans le cadre de leur recherche.

PARLER LE MÊME LANGAGE

Pour qu’une approche paysagère intégrée soit un succès, la communication est primordiale soutient Chia.

« Nous devons discuter avec les acteurs face-à-face », dit-il, en mettant l’accent sur « les bonnes questions à poser ».

Denis Sonwa est d’accord. Sonwa est un scientifique senior au CIFOR, basé au Cameroun. Il étudie le rôle que jouent les forêts dans l’atteinte des besoins socioéconomiques et écologiques des petits propriétaires agricoles d’Afrique centrale.

« Les TOUs peuvent être une bonne occasion pour amener d’autres secteurs à bâtir une plateforme de discussion et négociation sur l’utilisation et l’allocation des terres, les collaborations et les compromis », a dit Sonwa.

« Le principal problème est que lorsque vous avez des activités qui se chevauchent dans une même région géographique, vous devez vraiment vous assurer de regrouper les différents secteurs et que les discussions concernant les collaborations et les compromis se fassent de manière transparente », ajoute-t-il.

Mais pour s’assurer que tous les groupes impliqués soient sur un pied d’égalité et qu’ils « parlent le même langage », dit Chia, il faudra aussi investir dans le développement de capacités.

« Souvent, les communautés ne comprennent pas ces dynamiques plutôt compliquées », ajoute-t-il. « Elles peut avoir développé des attentes irréalistes concernant le temps nécessaire pour le déroulement d’un projet spécifique, la nature de leurs contributions, ou encore, comment les membres de leur communauté vont en bénéficier. »

Pour que tous ceux qui sont impliqués aillent l’occasion de prendre des « décisions informelles », souligne Sonwa, « nous devons vraiment nous assurer que toutes les parties prenantes détiennent la même information. »

L’approche paysagère va varier d’un pays à l’autre. Chaque pays se doit de faire de la recherche pour comprendre sa propre dynamique

Eugene Loh Chia

L’importance de la communication se prolonge jusqu’au ministères eux-mêmes. Messieurs Chia et Sufo indiquent dans l’article que le « chevauchement qui caractérise certaines fonctions ministérielles » peut rendre difficile le fait de déterminer quelle autorité est en charge. Et ils ont trouvé que le problème omniprésent des ministères qui ne coopèrent pas nécessairement à l’élaboration des politiques ou des décisions est également présent au Cameroun.

DE PAYSAGE EN PAYSAGE

À titre de complément aux TOUs, Sonwa préconise la création d’un outil unique qui énoncerait clairement tous les différentes utilisations prévues pour une région donnée.

« S’ils veulent que le pays se développe, ils doivent avoir une carte, une map, de sorte que tous les objectifs soient planifiés en avance », rapporte Sonwa. « Puis, ceux qui travaillent pour le ministère de l’agriculture ou de la forêt ou de l’environnement ou des mines peuvent travailler d’une manière coordonnée pour éviter les conflits le plus possible. »

Ce qui ressort clairement des travaux de Chia est que cette analyse des TOUs à travers l’angle de l’approche paysagère n’est que le commencement de la recherche nécessaire à la mise en œuvre d’une stratégie aussi complexe au Cameroun et ailleurs. En réalité, la compréhension de l’ensemble varié des parties prenantes, des ressources et des utilisations de la terre est un élément critique pour la réussite de la planification à l’échelle du paysage.

Cela signifie également qu’il n’y a pas deux solutions susceptibles d’être semblables. Et ce, que ce soit de paysage en paysage dans un endroit comme le Cameroun ou carrément dans un autre pays.

« L’approche paysagère va varier d’un pays à l’autre », déclare Chia. « Chaque pays se doit de faire de la recherche pour comprendre sa propre dynamique ».

Pour plus d’information sur ce sujet, veuillez contacter Denis Sonwa à l’adresse: d.sonwa@cgiar.org. Cette recherche à été supporter par le projet sur le Changement Climatique et les Forêts dans le Bassin du Congo (COBAM) financé par le la Banque de développement africaine par l’entremise de PACEBco.
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Cette recherche fait partie du Programme sur les Forêts, les Arbres et l'Agroforesterie du CGIAR.