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L’avenir de la REDD+ en 10 points

À la veille de la Conférence de Paris 2015, des experts du monde entier exposent leurs points de vue sur l'avenir de la REDD+.
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Qu'est-ce qui se profile à l'horizon pour la REDD+ ? Photo: ImAges ImprObables
Qu’est-ce qui se profile à l’horizon pour la REDD+ ? Photo: ImAges ImprObables

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Le parcours du régime d’atténuation du changement climatique, connu sous le nom de REDD+ ou Réduction des Émissions issues de la Déforestation et de la Dégradation des forêts, s’est avéré long et pénible, depuis l’émergence de l’idée lors de la COP11 de la CCNUCC à Montréal, en 2005.

À l’origine, le concept était un mécanisme fondé sur le marché par lequel les pays tropicaux en voie de développement pourraient gagner plus d’argent en préservant leurs forêts qu’en les abattant. Cependant, les efforts pour mettre l’idée en pratique ont fait émerger une série de défis pour faire fonctionner le régime.

Néanmoins, un cadre a été mis en place, de nouvelles règles sont attendues à la conférence sur les changements climatiques à Paris et 39 pays ont déclaré vouloir inclure la réduction de la déforestation dans leurs efforts de réduction des émissions de carbone.

Donc, quel sera l’avenir de la REDD+ ? Dix experts du monde entier donnent leur avis.

Louis Verchot

Directeur de recherche, Forêts et Environnement
Centre de recherche forestière internationale (CIFOR)

Nous devons adopter une vision à long terme par rapport à la REDD+, sans baisser les bras en nous disant qu’elle est un échec parce que le processus a pris huit ans et n’est toujours pas parfait.

Toute nouvelle idée passe par une phase de battage médiatique et d’excitation, suivie par une phase de désillusion après laquelle on commence à faire face à la réalité. Actuellement, nous sommes dans la phase de prouver le concept, la dernière série de règles devrait être approuvée à Paris. Les pays vont soit mettre en œuvre la REDD+, soit l’abandonner, mais au moins certains vont commencer le travail. Cela signifie qu’ils doivent commencer de changer la façon dont fonctionnent leurs industries ou la manière dont les petits agriculteurs peuvent avoir accès aux terres ; ce sont des tâches difficiles.

Il ne s’agit pas d’un problème que nous pouvons résoudre projet par projet. Le changement climatique est un problème structurel dans l’organisation de nos sociétés, dans la façon dont nous obtenons de l’énergie et dans ce que nous attendons de nos vies et de nos moyens de subsistance. Le problème du changement climatique a été créé sur plus de 150 ans et certains intérêts bien établis ont vu le jour durant ce temps. Résoudre ce problème ne se fera donc pas du jour au lendemain. Nous devons nous éloigner de cette mentalité de solutions rapides.

La REDD+ ne représente qu’un seul outil dans la boîte à outils pour lutter contre le changement climatique. Nous sommes actuellement dans la phase de construction concrète, nous avons dépassé le battage médiatique, nous devons aller au-delà de la désillusion et commencer à faire le travail difficile.

Nur Masripatin

Directeur général en matière de changement climatique
Ministère de l’Environnement et des Forêts, Indonésie

La REDD+ continuera d’être très importante pour l’Indonésie. Nous travaillons sur la REDD+ depuis 2007, lorsque nous avons accueilli la COP à Bali. Nous avons dépensé beaucoup d’énergie et de ressources pour la préparation de la REDD+ : allant des aspects techniques tels que la mise en place des niveaux de référence, le développement de l’architecture de la REDD+ et la mobilisation du soutien international.

Nous avons tout ce dont nous avons besoin pour faire fonctionner la REDD+.

Nur Masripatin

Il est crucial que la communauté internationale reconnaisse que la REDD+ va continuer à jouer un rôle important dans le régime post-2020 et qu’il faudra accélérer la mise en œuvre de la REDD+ au cours des cinq prochaines années jusqu’en 2020.

Je suis optimiste puisque nous disposons de directives internationales, la COP a fait 17 décisions indiquant comment le système peut être mis en œuvre dans chaque pays. Désormais, nous avons tout ce dont nous avons besoin pour faire fonctionner la REDD+.

La REDD+ est le mécanisme approprié pour résoudre le problème de la déforestation et de la dégradation des forêts, tout en permettant au développement de se poursuivre – mais un développement ayant une conception appropriée.

Peter Holmgren

Directeur général, CIFOR

Comment pouvons-nous sauver la REDD+ ? Il s’agit toujours d’une idée brillante pour combiner les ambitions de préservation et d’atténuation, soutenues par le système multilatéral de ce jour. Actuellement, nous faisons face à un défi à multiples facettes concernant les rendements incertains sur les investissements relatifs au carbone, la conception compliquée des actions de REDD+ ainsi que le contexte politique complexe qui inclue de nombreuses priorités.

En d'autres termes, la REDD+ est un bénéfice connexe du développement durable.

Peter Holmgren

La REDD+ portait toujours sur la réduction des émissions, mais elle a été chargée avec d’autres objectifs ; le mouvement a actuellement du mal à tenir la route. C’est peut être le bon moment de revenir à l’essentiel et de reconnaître que la réduction des émissions est en effet l’objectif principal de la REDD+. Ceci peut s’avérer plus efficace que de percevoir la REDD+ comme un objectif spécifique parmi toutes ces autres ambitions de développement, qui ont souvent un poids politique ou économique plus élevé. En d’autres termes, soyons plus clairs en disant que la REDD+ est un bénéfice connexe du développement durable.

Yitebitu Moges Abebe

Coordonnateur national
Programme de REDD+, Éthiopie

L’Éthiopie a une longue histoire d’occupation humaine et nous avons perdu la plupart de nos forêts, de sorte que le « plus » de la REDD+ a une signification particulière pour notre pays. Nous voulons rétablir les forêts et préserver nos 17 millions d’hectares restants de couvert forestier.

Toutefois, jusqu’à présent, les fonds offerts par la REDD+ sont vraiment insignifiants. Le prix de 5$ pour le carbone n’est rien en comparaison aux autres possibilités de développement habituelles dans les zones forestières. De ce fait, nous essayons de combiner diverses approches dans le but de générer des ressources : financements nationaux, aide au développement, ainsi que paiements basés sur les aboutissements de la REDD+. 

Même si la REDD+ n'a pas lieu dans un avenir proche, je pense que nous allons profiter de ce que nous avons déjà fait.

Yitebitu Moges Abebe

Dans le cadre de la préparation à la REDD+, nous avons établi un système moderne de surveillance des forêts. En outre, nous avons identifié les défis et les problèmes du secteur forestier, en termes d’institutions et de cadres juridiques. Ainsi, même si la REDD+ n’a pas lieu dans un avenir proche, je pense que nous allons profiter de ce que nous avons déjà fait.

Toutefois, nous espérons que la communauté internationale va investir dans la REDD+. Si vous le faites, vous contribueriez à préserver la biodiversité. Vous aideriez les populations locales. Si vous le faites correctement vous préserveriez les forêts. Vous aideriez de nombreux pays, tels que l’Éthiopie, à s’engager sur la voie du développement durable.

Gustavo Suarez De Freitas Calmet

Coordonnateur exécutif
Programme national de préservation des forêts pour atténuer le changement climatique, Pérou

L’évolution future de la REDD+ dépendra largement de la façon dont nous la comprenons. Si l’accent sera mis sur une série de projets pilotes visant à mesurer les émissions de carbone évitées à la suite de certaines interventions – un processus long et coûteux – l’avenir ne semble pas très prometteur.

Si, toutefois, nous percevons la REDD+ en tant que mécanisme national pouvant être inséré dans la gestion plus large de vastes paysages, comprenant les activités agricoles qui représentent généralement les principaux facteurs de la déforestation, et grâce auquel les pays peuvent développer une variété de politiques, mesures et actions publiques dans le but de lutter contre la déforestation, alors l’avenir de la REDD+ est très intéressant.

Pour atteindre cet objectif, les pays ont besoin de campagnes nationales pour informer les gouvernements nationaux, infranationaux et locaux ainsi que les acteurs clés des paysages forestiers, allant des peuples autochtones aux propriétaires privés et grands investisseurs. C’est seulement en agissant ensemble de manière coordonnée que nous pouvons, d’une part, réaliser les changements transformationnels nécessaires pour atteindre les objectifs de la REDD+ et, d’autre part, rendre les paiements basés sur les résultats effectivement possibles.

Pharo Per Fredrik Ilsaas

Directeur, Initiative internationale sur le climat et la forêt
Ministère de l’Environnement, Norvège

L’idée initiale de la REDD+ était de changer la façon dont fonctionne le marché en mettant un prix international sur le carbone forestier. Cela semble peu probable, certainement à l’échelle qui a été envisagée en 2008. Néanmoins, il pourrait y avoir d’autres motifs et acteurs qui pourraient induire le changement avec force et puissance, tels que la poussée du secteur privé pour des chaînes d’approvisionnement exempt de déforestation.

Cette poussée donne raison à l’optimisme, non pas parce qu’elle va résoudre le problème par elle même, mais parce qu’elle étend l’alliance des personnes et des organisations voulant construire un cadre de politique publique dans le but de réduire et finalement arrêter la déforestation.

La preuve que la protection des forêts est en fait une bonne idée du point de vue de la croissance verte à « intérêt personnel éclairé » est également beaucoup plus évidente aujourd’hui qu’elle ne l’était en 2008. Un certain nombre de pays forestiers tropicaux s’en sont rendus compte et agissent à ce sujet : la réduction remarquable de la déforestation de l’Amazonie au Brésil est porteur d’espoir.

Thelma Krug

Chercheur chevronné
Institut national de recherche spatiale (INPE), Brésil.

En principe, la REDD+ doit entrer dans sa phase 3. Ce qui suppose qu’elle devrait fournir des paiements basés sur des résultats aux pays qui ont rempli les conditions d’admission à la REDD+ (par exemple une annexe technique, des niveaux de référence, des systèmes de surveillance des forêts, des informations sur le respect des garanties, etc.) et qui ont présenté leurs résultats.

Si des paiements pour les résultats présentés ont lieu, je suppose que davantage de pays vont participer à la REDD+. D’autre part, si les pays en voie de développement estiment que leurs efforts de REDD+ ne sont pas compensés par des paiements, alors la REDD+ sera vouée à l’échec à court et à moyen terme. Selon mon avis, les paiements de REDD+ seront réalisés essentiellement par des accords bilatéraux, plutôt que via des mécanismes de financement multilatéraux ou des stratégies de marché.

Martin Herold

Professeur en sciences géo-informatiques et en télédétection
Université de Wageningen, Pays-Bas

Le fait que 39 pays aient inclus la REDD+ dans leurs CPDN (contributions prévues déterminées au niveau national) indique que les forêts et l’atténuation du changement climatique demeurent importantes pour l’agenda politique. Si un accord sera signé à Paris, et je pense que ce sera le cas, la REDD+ en fera partie.

La REDD+ devra évoluer vers des questions plus amples concernant l'utilisation des terres et l'agriculture.

Martin Herold

Quelques questions persistent. La plus importante : quel est son lien avec le secteur terrestre dans un sens plus large ? La REDD+ devra évoluer vers des questions plus amples concernant l’utilisation des terres et l’agriculture, en se liant à des questions d’adaptation et de sécurité alimentaire tout en soutenant les forêts. Ces dernières stockent le carbone et fournissent des services écosystémiques.

Davantage de recherches sont nécessaires pour comprendre comment plusieurs objectifs peuvent être atteints au sein des paysages de forêts tropicales. On sait très peu sur la façon dont cela peut être accompli.

Le rôle des forêts en tant que puits de carbone est également important. Pour réduire le carbone atmosphérique, il convient de réduire les émissions, mais on peut également séquestrer du carbone par les forêts en croissance. Ce point devrait obtenir beaucoup plus d’attention puisque son fort potentiel n’est pas bien quantifié et peu compris dans les régions tropicales.

Dan Nepstad

Directeur exécutif
Earth Innovation Institute

Au cours des 3 à 4 prochaines années, la REDD+ va changer de deux manières importantes et interconnectées. Tout d’abord, elle deviendra un mécanisme davantage « bottom-up » (ascendant), en plaçant plus de pertinence, concernant l’élément de rémunération au rendement, sur les stratégies de développement rural à faibles émissions et adaptées à l’échelle des régions. Ces stratégies sont conçues et détenues par des sociétés locales dans les régions de forêts tropicales. Ceci va induire une plus grande flexibilité et efficacité des règles et des systèmes de mesure de la performance sur de vastes zones géopolitiques ou « juridictions ».

Deuxièmement, nous allons assister à l’union de la REDD+ juridictionnelle et des initiatives de chaîne d’approvisionnement durable, y compris les promesses des entreprises liées à la déforestation et les normes des produits durables (par exemple les tables rondes). Les entreprises se rendront compte que les partenariats avec les gouvernements locaux et le secteur agricole sont le moyen le moins cher et le plus efficace pour réussir la mise en œuvre de leurs engagements en matière de durabilité. Une « course vers le sommet » aura lieu entre les États, les provinces et les nations, chacun cherchant à attirer les investissements et à avoir un accès sans restrictions aux marchés. Les plates-formes existantes pour favoriser ces collaborations, telles que le Groupe de travail des gouverneurs sur le climat et les forêts, seront les principales plateformes de négociation concernant ces collaborations.

Arild Angelsen

Professeur en économie
Université des sciences de la vie (UMB), Norvège

La REDD+ a eu un succès remarquable en tant qu’idée, mais jusqu’à présent, les efforts de REDD+ n’ont pas été en mesure de changer à quelconque échelle la logique de la déforestation et de donner plus de valeur aux arbres vivants qu’aux arbres morts. La voie à suivre pour les pays forestiers consiste à assumer un rôle et un capital plus importants dans la mise en œuvre de la REDD+, tout en l’incorporant dans leurs CPDN et dans leurs objectifs d’émissions nationales.

Les efforts des entreprises peuvent, par le biais des chaînes d’approvisionnement écologiques, jouer un rôle majeur. Ces efforts sont soutenus par la pression des consommateurs ainsi que des gardiens de l’environnement et sont complétés par les réformes des politiques nationales. La communauté internationale doit doucement inciter les pays à faire des engagements plus forts et doit fournir des financements pour soutenir et compléter les efforts nationaux des pays les plus pauvres.

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Cette recherche fait partie du Programme sur les Forêts, les Arbres et l'Agroforesterie du CGIAR.
Thèmes :   Climat et COP21 Amazonie au Pérou