Analyse

Tirer des leçons de la REDD+ pour la croissance verte

Dix ans d'expérience de REDD+ peuvent donner aux stratégies de développement à faibles émissions une longueur d'avance.
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Le s stratégies de développement à faibles émissions sont de plus en plus populaires et pourraient tirer des leçons de la REDD+. Mokhammad Edliadi/CIFOR
Le s stratégies de développement à faibles émissions sont de plus en plus populaires et pourraient tirer des leçons de la REDD+. Mokhammad Edliadi/CIFOR

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Le développement économique intelligent face au climat n’a pas besoin de commencer à partir de zéro. Grâce à une décennie d’expériences et une multitude de recherches, la REDD+ offre des leçons très utiles. Ces connaissances devraient permettre aux stratégies de croissance verte de surmonter de nombreux obstacles.

Les stratégies de développement à faibles émissions (Low Emissions Development Strategies – LEDS) visent une croissance économique sans faire croître, voire en faisant baisser, l’empreinte carbone du pays. En parallèle, elles cherchent à libérer les peuples de la pauvreté et à mettre en place des économies résistantes face à un climat plus hostile.

Des projets LEDS ont déjà été mis en place dans plusieurs pays dans les secteurs de l’énergie, l’agriculture, la sylviculture et la finance. La semaine dernière, des parties prenantes se sont rassemblées à la COP21 à Paris pour, entre autre, examiner leurs progrès. Cependant, comme de nombreux efforts de durabilité, réaliser les LEDS est plus facile à dire qu’à faire.

Depuis une dizaine d’années, les projets de REDD+ ont été mis en œuvre dans plusieurs pays tropicaux. 

Les économies intelligentes face au climat auront du succès seulement si les parties prenantes et les secteurs clés se réunissent et travaillent de bonne foi vers un objectif commun.

Christopher Martius

Malgré la lenteur des progrès vers un marché mondial du carbone, près de 40 pays se sont engagés à la REDD+, en l’incluant dans leurs contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN). Les CPDN indiquent la volonté des pays de contribuer à un nouvel accord international sur le climat, comme celui qui est actuellement négocié à Paris.

Au niveau mondial, il existe plus de 330 initiatives de REDD+. Les chercheurs ont exploré leur conception et leur fonctionnement à partir des divers angles sociaux, économiques et environnementaux, en rassemblant un recueil impressionnant de littérature. Rien que l’étude comparative sur la REDD+ du CIFOR comporte 350 articles qui examinent la REDD+ sous tous ces angles.

La REDD+ a commencé principalement comme un moyen pour préserver les stocks de carbone forestier, en apportant éventuellement quelques bénéfices connexes à la biodiversité et aux communautés. Toutefois, les partisans de la REDD+ se sont vite rendus compte que leurs efforts aboutiraient à peu s’ils ne prenaient pas les questions autres que celles du carbone au sérieux.

L’équité sociale, l’égalité des sexes, les moyens de subsistance, les finances publiques et privées, les droits fonciers, la sécurité foncière, la sécurité alimentaire, la préservation de la biodiversité, la gouvernance et l’application des lois ne sont pas des questions secondaires. Les aborder est crucial pour la réussite de la REDD+.

La connaissance actuellement disponible comprend les politiques et pratiques nationales, l’apprentissage institutionnel à différents niveaux, la mise en œuvre sur le terrain, le partage des bénéfices entre les parties prenantes, les garanties, ainsi que la mesure, la notification et la vérification (MRV) de la réduction des émissions. 

LEÇONS POUR LA RÉUSSITE

Les économies intelligentes face au climat auront du succès seulement si les parties prenantes et les secteurs clés se réunissent autour d’une table, « parlent » les unes aux autres et travaillent de bonne foi vers un objectif commun.

Dans le domaine de la durabilité, le mantra est depuis longtemps que la planification et l’élaboration des politiques doivent se faire de manière « intégrée » ou « holistique ». Ceci signifie ensemble et non pris au piège dans les silos traditionnels d’un quelconque ministère, département, secteur, groupement d’intérêt, lien dans la chaîne d’approvisionnement ou d’une compétence. Les chercheurs appellent ceci le « défi de la gouvernance à multiples niveaux ».

Mettre la prise de décision intégrée en pratique n’est cependant pas simple. En effet, c’est l’une des leçons les plus saillantes de la REDD+.

À côté de cela figure l’économie politique de la gestion des terres. Les intérêts dominants des stratégies de croissance lourde en carbone se marient rarement bien avec les efforts de lutte contre la pauvreté ou contre les émissions de carbone.

Dans de nombreux pays tropicaux, des groupes et individus puissants dépendent de la conversion continue des forêts et vont souvent faire pencher les décisions d’utilisation des terres en leur faveur. Lorsque la gouvernance est faible, les personnes puissantes trouvent facilement les moyens pour contourner les politiques, lois et réglementations officielles. Ceci est l’une des raisons pourquoi la déforestation continue d’être une source majeure d’émissions dans de nombreux pays tropicaux.

Par conséquent, les processus à multiples parties prenantes et la coordination améliorée, que ce soit dans le cadre de la REDD+ ou des LEDS, ne feront pas beaucoup de différence à moins que les modèles dominants de développement soient contestés. Si nous ignorons ces conflits inhérents, nous ne serions pas seulement coupables de naïveté, mais nous n’irons également jamais au-delà d’une rhétorique verte édentée.

En outre, la conception inclusive de la REDD+ est obligatoire pour garantir sa légitimité, mais lorsque les communautés forestières ne connaissent pas la REDD+, il est très difficile d’obtenir le soutien local. 

Les réformes du régime foncier, essentielles à la réalisation de la REDD+, reposent sur la volonté politique au niveau national. Sans elles, le travail infranational de REDD+ sera lent, fragmenté ou tout simplement bloqué.

MAIN DANS LA MAIN

Les prochains jours nous dirons si la REDD+ sera inclue dans l’accord de la COP21. Un fort consensus lors de la COP21 soutiendrait à la fois la REDD+ et les LEDS. Il donnerait un élan supplémentaire aux renforcements de la gouvernance et des financements. En outre, il offrirait aux marchés de nouvelles incitations à réduire les émissions, y compris par la suppression progressive des subventions perverses.

Les LEDS et la REDD+ partagent l’objectif global de réconcilier le développement et l’environnement. La REDD+ représente, d’une part, une composante potentielle des LEDS du moins dans les pays tropicaux boisés et, d’autre part, une source de savoir-faire avéré.

Les leçons de la REDD+ peuvent être appliquées et adaptées à d’autres secteurs clés des LEDS, tels que l’agriculture.

Il existe le risque que les objectifs de la REDD+, relativement tangibles et mesurables, soient dissous dans le contexte plus large des LEDS au détriment de la performance réelle. Nous devons faire attention à quel point nous mélangeons les deux.

Malgré les difficultés, le travail de la dernière décennie a permis à la REDD+ de poser les bases pour obtenir des résultats mesurables. Ce fait souligne une autre leçon : ces procédures nécessitent du temps.

Toutefois, les LEDS peuvent apprendre des problèmes qu’a rencontré la REDD+, en évitant ou, du moins, en gérant un grand nombre des obstacles rencontrés durant ses débuts avec moins d’efforts et de temps.

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Cette recherche fait partie du Programme sur les Forêts, les Arbres et l'Agroforesterie du CGIAR.
Thèmes :   Climat et COP21