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La restauration comme une solution locale, mais avec des avantages globaux

La restauration des paysages devrait être au cœur des stratégies de lutte au changement climatique.
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Niger, où les agriculteurs locaux ont restauré 5 millions d'hectares de terres dégradées. Image: NASA
Niger, où les agriculteurs locaux ont restauré 5 millions d’hectares de terres dégradées. Image: NASA

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Quand il est question de stratégies basées sur les écosystèmes pour s’attaquer au changement climatique, la restauration des paysages a longtemps été dans l’ombre de la préservation des forêts.

Alors que maintenant, les scientifiques et les experts du climat appellent à une meilleure reconnaissance de la contribution de la restauration des paysages en matière d’adaptation et d’atténuation du changement climatique.

« Arrêtons de les appeler des “co-bénéfices”», a dit Stewart Maginnis, Directeur global des solutions basées sur la nature à l’Union International pour la Conservation de la Nature (UICN).

« Ils sont de vrais et tangibles bénéfices. »

Maginnis prenait la parole lors d’un panel composé de représentants du gouvernement et de la société et de scientifiques lors du Forum Mondial des Paysages 2015, à Paris, le 5 décembre dernier. La restauration des paysages était l’un des thèmes centraux du Forum, qui attira 3 200 personnes provenant de secteurs différents et de plusieurs régions pour discuter du rôle des terres durables dans l’atteinte des objectifs climatiques et de développement. 

Il ne s’agit pas seulement de planter des arbres. Le point important [du Bonn Challenge], c'est que les gens sont au centre de cette initiative.

Bianca Jagger

Il a fait référence au Bonn Challenge, un ambitieux objectif établi en 2011, visant à restaurer 150 millions d’hectares de forêts d’ici 2020. Si cet objectif est atteint, a dit Maginnis, ces forêts retireraient une gigatonne de dioxyde de carbone de l’atmosphère chaque année, en plus de l’accroissement des rendements des cultures et de la protection des bassins versants valant des milliards de dollars.

Ian Gray, spécialiste en environnement senior pour le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), a fait des commentaires similaires. N’étant plus reléguée au rang de « passe-temps » dans les stratégies traitant du changement climatique, la restauration forestière devrait être considérée au même titre que la préservation des forêts en tant que « vraie force pour avancer dans l’avenir » et atteindre les cibles, a-t-il dit.

ENGAGEMENTS MONDIAUX, POUVOIR LOCAL

Quelques 86 millions d’hectares de forêts ont déjà été assignés pour la restauration en lien avec le Bonn Challenge, soit presque 60 pourcent de l’objectif avec encore cinq ans.

Les nouveaux efforts majeurs incluent l’AFR100, une annonce faite dans une session séparée du Forum, dans la laquelle plus d’une douzaine de nations africaines ce sont engagées à restaurer 100 millions d’hectares d’ici 2030. En Amérique latine, l’Initiative 20×20 a aussi annoncé une expansion lors du Forum avec quatre pays d’Amérique central et d’Amérique du Sud qui s’engagent à restaurer plus de 8,5 millions d’hectares, incluant 2,9 millions d’hectares seulement dans l’état brésilien de Mato Grosso. 

Mais Bianca Jagger, présidente et fondatrice de Bianca Jagger Human Rights Foundation et ambassadrice du Bonn Challenge, a souligné que la façon dont les objectifs sont atteints est tout aussi importante que le nombre d’hectares promis dans les engagements.

« Il ne s’agit pas seulement de planter des arbres », a rapporté Jagger. « Le point important [du Bonn Challenge], c’est que les gens sont au centre de cette initiative. »

Jagger a cité le car du Niger, où les agriculteurs locaux ont restauré 5 millions d’hectares de terres dégradées. En ayant plus d’arbres, les communautés dans la nation du Sahel ont maintenant un meilleur accès au bois de chauffage. Et puis, a ajouté Jagger, avoir plus d’arbres a aidé augmenter les rendements des cultures de 100 kilogrammes par hectare, une bénédiction qui aide à nourrir une supplémentaire de 2,5 millions de personnes par an, dans un pays où l’insécurité alimentaire est chronique.

Ce type de restauration démontre le pouvoir des communautés locales sur la ligne de front du changement climatique, a-t-elle dit : « Même si les leaders mondiaux échouent, ceci sera une réponse. »

ENSEMBLE POUR TOUJOURS

Les réflexions de Jagger mettent en lumière l’importance du local et des groupes autochtones.

José Vilialdo Díaz, the head of the Climate Change Department at the National Forestry Institute in Guatemala, où les peuples autochtones composent plus de 50 pourcent de la population est d’accord : «  Les gens sont au centre de la restauration des paysages. »

Emmanuel Niyonkuru, Ministre de l’Eau, de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme du Burundi a dit que les politiques du gouvernement devaient être « inclusives et intégrer » les habitants d’un pays, et ce, particulièrement en martelant les détails des systèmes tels que REDD+, comme le fait présentement le Burundi.

Cette ligne de pensée va main dans la main avec la façon dont l’approche paysagère considère le développement durable. Par exemple, trouver des moyens de soutenir les moyens de subsistance et, en même temps, restaurer les forêts. 

Nous ne créons pas des liens avec les gens pour demain ou pour un projet. Nous créons des liens avec eux pour toujours.

Peter Besseau

« Vous ne pourriez pas atteindre les buts et les ambitions de la restauration des paysages sans tenir compte de l’agroforesterie qui soutient les petits agriculteurs », a dit Maginnis. « Si cela était ignoré et que nous regardions seulement les plantations à grande échelle, par exemple, nous pourrions manqué le bateau par rapport aux objectifs que sous-tend la restauration des paysages. »

Et étant donné que le changement climatique n’est pas un problème à court terme, les solutions doivent être désignées pour le long terme, comme l’a souligné le co-modérateur Peter Besseau, Directeur de la politique, de l’économie et de l’industrie pour le Service canadien des forêts dans la région de la capitale nationale.

« Nous ne créons pas des liens avec les gens pour demain ou pour un projet », a dit Besseau. « Nous créons des liens avec eux pour toujours. »

Et pour parvenir aux cibles comme celles établies au Bonn Challenge, nous avons besoin de mettre toutes les chances du côté de la restauration des forêts afin qu’elle réussisse », a dit Gary.

« Nous avons une seconde chance avec ces paysages », a déclaré Gray. « Faisons en sorte que cette fois, ça fonctionne réellement. »

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Cette recherche fait partie du Programme sur les Forêts, les Arbres et l'Agroforesterie du CGIAR.