Le nouveau projet de texte sur la REDD+ est solide et met l’accent sur la transparence, mais il oublie la vérification, commente un chercheur du CIFOR

Crédit photo: UN Climate Change/flickr.

DURBAN, Afrique du Sud (2 décembre, 2011) – L’Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique (SBSTA) de la CCNUCC a publié un projet de texte sur la REDD+ qui sera présenté samedi dans une séance plénière de la COP pour discussion et approbation.

Louis Verchot, scientifique en chef au CIFOR chargé du changement climatique, estime que ce texte est solide et qu’il plaide en faveur de processus transparents concernant l’établissement de rapports sur les sauvegardes et les émissions de carbone, mais qu’il n’explique pas comment ces systèmes seront vérifiés.

« Il semble qu’il existe une approche relativement complète pour rendre compte des sauvegardes et des émissions de carbone, mais rien n’est dit sur ce qui sera nécessaire pour vérifier ces systèmes », a-t-il commenté.

« Tant que ce genre de chose ne sera pas résolu, qu’on ne saura pas qui sera responsable et comment cette responsabilité sera assurée, on pourra observer des réticences à financer la REDD+. »

La REDD+ est en un ensemble d’étapes conçu pour proposer des incitations financières visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre provoquées par la déforestation et la dégradation des forêts. Le projet de texte, qui a été publié hier (en anglais), est une recommandation formulée par l’Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique (SBSTA) à la Conférence des Parties, sur la manière de répondre à certaines des questions les plus urgentes qui permettront aux pays de progresser en matière de REDD+. Par exemple, comment les émissions prévues seront calculées, comment les émissions de carbone seront déclarées et vérifiées (MRV) et comment les sauvegardes seront déclarées et appliquées.

Aucune mention de financement

Le texte n’apporte rien de très nouveau sur le plan du financement, mais on espère que cette question sera traitée par l’organe ad hoc d’action coopérative à long terme (LCA) dans le projet de texte qu’il doit publier demain.

Selon Louis Verchot, « nous devons veiller à ce que les décisions relatives au financement fixent un objectif pour que le monde parvienne à réduire les émissions ».

« Ce qui ralentit la mise en œuvre de la REDD+ sur le terrain, c’est cette incertitude quant à l’existence d’un financement soutenu à long terme. Tant que nous n’obtiendrons pas d’engagement à cet égard, les projets avanceront de manière limitée, grâce aux fonds de démarrage, mais ils ne seront pas en mesure de s’élargir ou de prendre des engagements à long terme auprès des communautés dans lesquelles ils commencent à fonctionner. »

« Nous devons arrêter une décision de financement le plus tôt possible. »

Normes d’établissement des rapports sur les sauvegardes et non-performance

L’un des points forts du texte se situe dans son approche complète du système de rapport sur les sauvegardes, en particulier l’inclusion de groupes autochtones, explique Louis Verchot.

« Il est proposé que les pays doivent démontrer la participation effective des parties prenantes concernées, en particulier des populations et communautés autochtones. Les pays auraient à montrer comment ils ont procédé, par exemple en présentant les comptes rendus de réunion pour prouver que des consultations ont bien eu lieu. »

Bien qu’il encourage la responsabilité et la transparence, le texte ne fixe aucune norme quant à la réalisation des sauvegardes et la manière de remédier aux mauvais résultats.

« Si, par exemple, un pays prend une décision contraire à ce que les populations autochtones demandent, rien n’indique clairement comment les répercussions seront gérées ou comment les décisions seront prises », précise-t-il.

« Le texte présente des normes d’établissement des rapports, mais pas de normes de performance. Or, pour faire avancer la REDD+, il est nécessaire que de prendre des décisions en matière de normes de performance. »

Le système de MRV est solide et permet une certaine souplesse, mais la question de la vérification reste à résoudre

Dans un entretien publié la semaine dernière sur le blog du CIFOR, Louis Verchot a expliqué que les pays recherchent la clarté en matière de comptabilisation des émissions de carbone, en particulier sur la question de savoir s’il faut utiliser des niveaux de référence des émissions (NRE) lorsque seules la déforestation et la dégradation des forêts ont lieu, ou des niveaux de référence (NR) si les pays souhaitent intégrer la conservation et la gestion durable des forêts.

Le projet de texte offre aux pays une certaine souplesse dans le choix du système de comptabilisation du carbone qu’ils utilisent, et permet de mettre en œuvre différents systèmes dans un même pays.

« Ceux-ci permettent désormais d’agréger les niveaux d’émissions des forêts à l’échelle nationale, ce qui, je pense, est une approche très pratique. Cela signifie qu’un pays comme le Brésil pourrait fixer un niveau de référence pour l’Amazonie, un autre pour la forêt sèche de Caatinga et un autre pour la forêt atlantique, puis les agréger pour obtenir un niveau de référence forestier national. »

C’est également important si, dans un même pays, il existe différentes zones forestières à des degrés de déforestation opposés, ajoute le scientifique.

« Dans un pays comme l’Indonésie, où Java est en grande partie déboisée et où la couverture forestière se reconstitue quelque peu, tandis que la Papouasie présente une densité forestière élevée, une forte dégradation, mais une déforestation limitée, les NR comme les NRE peuvent s’appliquer. Le texte permet aux programmes nationaux de REDD+ d’utiliser deux types de comptabilisation du carbone et de les agréger pour obtenir un niveau de référence national. »

« Le texte recommande une approche par étapes de l’établissement des rapports sur les émissions de carbone, ce qui permettra aux pays de commencer de manière simple ; il recommande également que les NR et les NRE se basent sur des données », poursuit Louis Verchot.

« Ce système pourrait ne pas couvrir l’ensemble du territoire national, du moins dans les phases initiales, mais au bout du compte, les pays devront le faire. Pour un pays comme le Brésil, qui effectue un travail remarquable en Amazonie, mais qui ne dispose d’aucune donnée sur la Caatinga, le Cerrado ou la forêt atlantique, cela lui permettra de développer ces niveaux de mesure. À mon avis, il n’est pas possible d’espérer que chacun commence avec un inventaire forestier national complètement opérationnel dans les cinq prochaines années, compte tenu de toutes les exigences techniques devant être mises en place, en particulier dans les grands pays. L’approche proposée est pragmatique. »

Toutefois, le texte n’aborde pas la manière dont l’exactitude de ces rapports sera vérifiée, de manière nationale ou indépendante ; le SBSTA doit étudier ces questions, confie Louis Verchot.

« D’ici à la prochaine COP, le SBSTA devra émettre des recommandations sur les exigences en matière de vérification des émissions. Les options étant de savoir si les pays peuvent effectuer les vérifications eux-mêmes, s’il faut recourir à un tiers externe ou si les pays donateurs vérifieront ce que font les pays bénéficiaires. Nous devons prendre une décision à ce sujet. »


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