Selon les experts, une nouvelle vague de déforestation menace la résilience climatique de l’Afrique

L’Afrique est victime d’une nouvelle vague de déforestation qui décime la faune et la flore sauvages et menace la capacité de son écosystème à résister aux effets du changement climatique, en particulier dans le domaine de la sécurité alimentaire, estiment les experts.
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Crédit photo: Frank Keillor/flickr.

DURBAN (6 décembre, 2011) – L’Afrique est victime d’une nouvelle vague de déforestation qui décime la faune et la flore sauvages et menace la capacité de son écosystème à résister aux effets du changement climatique, en particulier dans le domaine de la sécurité alimentaire, estiment les experts.

« Le taux de déforestation en Afrique […] s’accélère », a déclaré Helen Gichohi, présidente de l’African Wildlife Foundation dans son discours d’ouverture de la cinquième Journée de la forêt, organisée à Durban en marge de la COP 17. « La disparition des forêts, le surpâturage des terres de parcours et la conversion en cultures des prairies et des zones humides servant de zones refuge contre la sécheresse ont diminué la résilience des écosystèmes. »

Elle a appelé à accélérer le financement de la REDD+ afin de sauver la forêt africaine. Le sigle REDD+ signifie réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation de la forêt. Il s’agit d’un mécanisme discuté dans le cadre des négociations climatiques de l’ONU qui se déroulent à Durban, et qui pourrait permettre d’envoyer des milliards de dollars dans les pays en développement afin qu’ils protègent leurs forêts.

Le message d’Helen Gichohi a été repris par son collègue Bob Scholes, du Conseil pour la recherche scientifique et industrielle (CSIR), en Afrique du Sud, qui a déclaré que « la prochaine grande vague de déforestation est déjà arrivée et se déroule en Afrique ».

« Si l’on peut faire quelque chose pour influer sur la déforestation, on peut avoir un impact plus important sur tout ce qui s’est produit jusqu’ici dans le cadre du protocole du Kyoto » a-t-il ajouté. « Le jeu en vaut la chandelle. »

Bob Scholes a décrit le schéma classique de la déforestation en Afrique : les exploitants forestiers se rendent dans une forêt, abattent les gros arbres et prennent le bois de qualité. Les producteurs de charbon prennent ensuite une grande part des arbres restants, puis arrive l’agriculture à faibles intrants et faible production qui, après plusieurs cycles, laisse la terre dégradée et sans grande valeur pour personne.

« Il est urgent de préserver les forêts d’Afrique, non seulement parce qu’elles ralentissent le changement climatique, mais aussi parce qu’elles sont le dernier rempart à la désertification rampante, qu’elles sous-tendent la production agricole durable et qu’elles préservent les moyens de subsistance de dizaines de millions de pauvres vivant dans en zone rurale », a expliqué Frances Seymour, directrice générale du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR).

Dans son allocution d’ouverture, Tina Joemat-Pettersson, la ministre sud-africaine de l’agriculture, des forêts et des pêches, a déclaré que « le changement climatique menace de porter atteinte aux nombreux objectifs de développement de pays situés en Afrique et dans le reste du monde en développement, en particulier dans les domaines de l’eau, de l’énergie, de la santé, de l’agriculture et de la forêt ».

Les scientifiques ont prévenu que l’Afrique subsaharienne pourrait faire partie des régions les plus durement touchées par le changement climatique. Le continent a déjà été frappé par une série de catastrophes liées au climat, la plus récente ayant été la famine provoquée par la sécheresse dans la Grande Corne de l’Afrique. Les experts estiment que les destructions de forêt et autres formes de dégradation des terres causées par l’homme ont transformé de vastes zones autrefois destinées aux pâturages et aux cultures en des paysages stériles.

Helen Gichohi a indiqué que 9 % de la couverture forestière ont été perdus entre 1995 et 2005 en Afrique subsaharienne, ce qui correspond à une perte moyenne de 40 000 km² de forêt par an. Ainsi, le Kenya a par exemple perdu la majorité de son couvert forestier pour faire place aux habitations et aux activités agricoles, ne laissant que 1,7 % de ses terres encore recouvertes de forêt.

« Les forêts ne peuvent être maintenues si les populations ont faim ou si la gouvernance des ressources naturelles est inadéquate », a expliqué Rachel Kyte, vice-présidente du Département développement durable à la Banque mondiale. « La faim pèse directement sur les forêts lorsque les populations sont obligées de s’enfoncer davantage dans les zones forestières pour effectuer leurs cultures, […] ou de se tourner vers la production et la vente de charbon pour pouvoir acheter de la nourriture. »

Avec la détérioration de la situation des forêts, qui menace le climat et le bien-être d’un milliard de pauvres, le plus grand consortium mondial de chercheurs agricoles a annoncé, durant la Journée de la forêt, le lancement d’un ambitieux programme mondial de recherche consacré aux forêts et à l’agroforesterie. Le programme de recherche du CGIAR sur les forêts, les arbres et l’agroforesterie sera doté d’un budget triennal initial de 233 millions de dollars américains. Il vise à relancer les efforts de réduction de la déforestation et de la dégradation des forêts, et à étendre l’utilisation des arbres dans les exploitations agricoles.

L’initiative met l’accent sur l’importance cruciale des forêts en tant que « puits de carbone » naturels pouvant contribuer à ralentir le rythme du changement climatique, et sur la nécessité de conserver la biodiversité forestière. Les experts du CGIAR estiment qu’une meilleure gestion des forêts et des arbres peut jouer un rôle plus important dans la réduction des risques pour les petits exploitants et dans l’amélioration du bien-être des communautés qui dépendent des forêts, en particulier les femmes et d’autres groupes défavorisés.

Situation actuelle de la REDD+ et des forêts à la COP 17 

L’état actuel des négociations, en particulier autour de la REDD+, de sa mise en œuvre et des facteurs de la déforestation, a été un enjeu majeur des discussions durant la conférence. Bien que l’agriculture soit reconnue comme un facteur de déforestation dans le projet de texte sur la REDD+ actuellement discuté par la CCNUCC, il est nécessaire d’aller plus loin pour intégrer l’atténuation par l’agriculture et les forêts dans une « approche paysagère » commune.

En hommage à l’héritage laissé par Wangari Maathai, première femme africaine à avoir reçu le prix Nobel de la paix et militante écologiste récemment disparue, les organisateurs ont diffusé une vidéo mettant la communauté forestière mondiale au défi d’agir de manière audacieuse pour réduire la menace du changement climatique.

« Ce sont les peuples qui doivent sauver l’environnement. Ce sont les peuples qui doivent faire changer les dirigeants. Nous devons donc défendre ce en quoi nous croyons et ne pas nous laisser intimider », déclare Wangari Maathai dans le film.

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