Au sommet sur le climat, les pays élaborent un « modèle économique mondial » pour la planète

Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la CCNUCC. Crédit photo : Neil Palmer/CIAT

DURBAN, Afrique du Sud (6 décembre, 2011)_La directrice de l’agence de l’ONU sur le changement climatique a estimé que le sommet annuel sur le réchauffement planétaire constituait un pas de géant dans l’élaboration d’un « modèle économique mondial pour la planète ».

« C’est une entreprise colossale », a déclaré hier Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la CCNUCC, durant la session de clôture de la cinquième Journée de la forêt organisée en marge de la 17e Conférence des Parties (COP) à Durban, en Afrique du Sud. Il s’agit de « réduire rapidement les coûts de l’atténuation, d’améliorer rapidement l’adaptation et la résilience, et de reconnaître que l’existence de la pauvreté dans le monde est totalement inacceptable à notre époque », a-t-elle déclaré.

Depuis 1995, les pays ayant souscrit à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), aujourd’hui au nombre de 194, se réunissent tous les ans pour discuter des manières de réduire les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et ralentir le réchauffement planétaire. Cette année, les négociateurs se sont débattus pour déterminer ce qui se passera après l’expiration en 2012 du protocole de Kyoto, le traité sur le climat actuellement en vigueur, qui exonère les pays en développement de tout objectif juridiquement contraignant en matière de réduction des émissions.

« La bonne nouvelle, c’est que oui, il y aura une deuxième période d’engagement (de Kyoto) et que oui, les parties sont d’accord pour qu’il n’y ait pas de décalage » entre les deux périodes, a annoncé Christiania Figueres aux participants de la cinquième Journée de la forêt, dans son point sur les avancées de la COP après une semaine de négociations. Les discussions tournent à présent autour de la manière de mettre en place la deuxième période.

L’Union européenne a déclaré qu’elle n’accepterait une seconde période d’engagement de Kyoto qu’à condition qu’une feuille de route posant les bases d’un prochain traité climatique juridiquement contraignant pour tous les pays soit rédigée à Durban, avec toutefois des engagements et des calendriers différents pour les pays en développement (voir vidéo ici). D’autres pays, tels que le Japon et le Canada, ont déclaré qu’ils refuseraient un nouvel accord de Kyoto.

Le futur accord sur le climat devrait inclure la réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts (ou REDD+), qui vise à récompenser les pays en développement qui protègent leurs forêts. Un récent projet de texte sur le financement, qui doit être présenté en plénière pour approbation, reporte à l’année prochaine toute décision sur le financement de la REDD+ et appelle à examiner les sources de financement pour des activités spécifiques de ce dispositif.

Un autre projet de texte élaboré par le sous-comité SBSTA est « très insuffisant » au sujet des sauvegardes devant protéger les communautés locales, les populations autochtones et la biodiversité, a jugé Louis Verchot, scientifique en chef au Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) chargé du changement climatique. Le texte recommande en effet que les exigences de sauvegarde pour les pays ne consistent plus à collecter des données et à mesurer les effets de la REDD+, mais à simplement rendre compte de la manière dont les développeurs mettent en œuvre les mesures, a-t-il expliqué dans un précédent entretien.

Si le texte a été rédigé de cette manière, c’est que les pays ont très peu d’expérience en matière de mise en œuvre des sauvegardes, en particulier dans les projets de REDD+ qui commencent à être mis en place sur le terrain depuis quelques années seulement, a expliqué Antonio La Viña, qui mène les négociations sur la REDD+ dans les sommets climatiques de l’ONU. « Nous avançons en aveugle » a-t-il poursuivi, ajoutant qu’il faudrait peut-être un an ou plus pour accumuler de l’expérience, avant de détailler les recommandations.

Cette phase d’apprentissage pourrait être mise à mal par l’incertitude relative au financement de la REDD+. À l’heure actuelle, les développeurs de la REDD+ hésitent à informer les communautés locales sur le dispositif, même si cela fait partie de la procédure des sauvegardes, car ils ne veulent pas susciter des espoirs qui pourraient être déçus si le financement à long terme ne suivait pas, ont expliqué les experts.

Le projet de texte du SBSTA mentionne également les facteurs de la déforestation, a indiqué Antonio La Viña. Le sous-comité a accepté d’organiser, durant la prochaine COP prévue au Qatar, une grande discussion pour établir un programme en matière d’agriculture, ce secteur ayant été identifié comme source de pressions sur les forêts, a-t-il confié.